Qui va à la chasse...
En entendant parler Jésus, un des convives lui dit : « Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! »
Jésus lui dit : « Un homme donnait un grand dîner, et il avait invité beaucoup de monde.
« A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : 'Venez, maintenant le repas est prêt.' Mais tous se mirent à s'excuser de la même façon. Le premier lui dit : 'J'ai acheté un champ, et je suis obligé d'aller le voir ; je t'en prie, excuse-moi.' Un autre dit : 'J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je pars les essayer ; je t'en prie, excuse-moi.' Un troisième dit : 'Je viens de me marier, et, pour cette raison, je ne peux pas venir.'
« A son retour, le serviteur rapporta ces paroles à son maître. Plein de colère, le maître de maison dit à son serviteur : 'Dépêche-toi d'aller sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.' Le serviteur revint lui dire : 'Maître, ce que tu as ordonné est fait, et il reste de la place.' Le maître dit alors au serviteur : 'Va sur les routes et dans les sentiers, et insiste pour faire entrer les gens, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne profitera de mon dîner.' »
voir aussi : Feu de tout bois, Soupe populaire, Notre père Abraham
Il est dommage pour l'hôte de cette parabole qu'il n'ait pas suivi le conseil que Jésus vient de donner au pharisiens qui le reçoit : inviter les pauvres plutôt que ses commensaux. Il se serait ainsi évité tous ces déboires.. Sérieusement, puisque les invités de cette parabole symbolisent vraisemblablement le peuple de l'alliance, le peuple juif, qui ne répond pas présent maintenant que le royaume arrive, on peut se poser la question : comment peut-on encore penser que Dieu aurait des préférences, des invités privilégiés. Comment peut-on encore soutenir la notion de peuple élu ?
La question ne se pose pas seulement pour les juifs. Les chrétiens aussi se revendiquent héritiers de ce qu'ils appellent la 'première alliance' quand ce n'est pas l'ancienne alliance'. Et il est vraisemblable que Jésus lui-même n'eut pas conscience des pleines conséquences de son enseignement. On sait qu'il réserva, peu ou prou, son ministère à ses seuls coreligionnaires, et que le passage à une bonne nouvelle destinée à toutes les nations, sans distinction d'origine, juifs et non juifs, fut le fruit de la réflexion d'une petite partie des premiers chrétiens, Paul, Luc, et leurs successeurs, dont nous avons tous hérité. Devrions-nous considérer qu'ils aient trahi leur rabbi ? Personnellement, je ne le crois pas.
On peut être troublé par cette idée d'un Jésus qui ne comprenait pas complètement ce qu'il disait, en quelque sorte. Un Jésus, porteur d'une révélation, d'une avancée inouïe dans le domaine spirituel, mais qui n'en réalisait pas tous les aspects. C'est qu'il nous faut comprendre qu'il n'était pas propriétaire de sa vocation. Ce qu'il avait à transmettre, il le découvrait lui aussi au fur et à mesure, avec forcément un peu d'avance, mais il ne savait pas tout dès le début, loin de là. Pour moi, c'est un des critères les plus assurés de l'authenticité de son expérience, que ce qu'il nous a transmis ait pu nous mener plus loin que ce qu'il en entrevoyait lui-même. C'est la preuve qu'il était véritablement prophète, serviteur de Dieu, et non parlant et agissant en son nom propre, de son propre fond.


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