Des hauts et des bas
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
« Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.'
« Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !'
« Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
voir aussi : Paroles et paroles, Les plus courtes..., Dans le secret des coeurs
C'est une petite histoire très bien observée, d'une justesse étonnante, à laquelle nous ne sommes peut-être plus assez sensibles pour l'avoir trop souvent entendue. Pour la (re)découvrir, il faut arriver à faire abstraction du contexte moralisateur dans lequel on serait tenté de l'enfermer. Il faut la (re)lire comme une simple description, une observation, une constatation. Autrement dit, il ne faut surtout pas vouloir nous identifier à un seul des personnages au détriment de l'autre. Si nous tenons à nous identifier à quelqu'un, alors que ce soit à Jésus, à celui qui fait la constatation.
N'est-il pas vrai alors, que chaque fois que nous éprouvons quelque satisfaction de notre comportement, chaque fois que nous estimons avoir bien agi, nous ne pouvons nous empêcher de nous en attribuer le mérite et de nous en regorger ? Oh ! bien sûr, nous ne le faisons peut-être pas de façon aussi caricaturale que le pharisien dans notre histoire. Mais sur le fond, c'est quand même bien comme lui que nous nous comportons, nous nous décernons des bons points, et, par ce fait même, nous nous considérons comme plus méritants que ceux qui ne pourraient pas en dire autant. Et c'est normal ! Nous ne pourrions pas faire autrement. Et c'est même une bonne chose, car, si nous n'étions pas doués de ce sens moral, notre vie en société ne serait qu'une jungle sans aucune retenue, une guerre perpétuelle sans aucune règle, où tous les coups seraient à redouter à tout moment.
Et n'est-il pas vrai aussi, que lorsque nous sommes moins fiers de nous, lorsque nous savons bien nous être comportés de manière peu honorable, nous avons tendance à nous enfermer dans notre indignité, à nous replier sur nous-même, à nous faire tout petits dans notre coin ? Oh, bien sûr, nous ne le faisons peut-être pas à la façon du publicain de notre histoire. Mais sur le fond, c'est bien comme lui que nous nous comportons, nous serions immédiatement preneurs s'il y avait une possibilité de remonter dans le temps avant notre erreur, faire d'un coup de baguette magique qu'elle ne se soit jamais produite, ou, à défaut, si nous pouvions boire une potion qui nous fasse oublier... Et nous nous en remettons alors au ciel, ou au temps qui passe et qui finit par tout émousser, pour pouvoir un jour nous retrouver lavés. Et c'est vrai que nous n'avons pas d'autre solution. Ce qui a été fait est fait et ne peut pas être défait !
Et cette histoire ne nous parle pas d'autre chose. Elle n'est pas là pour départager les hommes en deux camps, mais pour nous parler de chacun(e) de nous. Nous sommes les deux personnages, nous sommes à la fois le pharisien et le publicain, il y a en nous du bon et du moins bon, toujours. Mais une seule attitude nous est dite être juste, celle du publicain. Cela ne signifie pas que nous devions nous morfondre, nous abîmer dans notre sentiment d'indignité, voire nous y complaire ! Nous n'avons pas à nous condamner, pas plus qu'à nous disculper. Mais si nous savons nous en tenir à cette ligne de conduite, à cet équilibre, à ce juste milieu, là nous aurons trouvé la Voie ; le chemin, la vérité et la vie.


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