C'est l'intention qui compte
Levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor. Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes.
Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre. »
voir aussi : Tout est relatif, Pour vivre, Donner sa vie
Sans aller jusqu'aux extrêmes rapportés ici (une veuve qui donne tout ce qu'elle a pour engraisser les prêtres, ou sans doute plutôt pour secourir les miséreux, puisque le trésor du temple était censé servir à ces deux buts), force est de constater qu'en général ce sont les gens les moins aisés qui donnent le plus, proportionnellement à leurs moyens. Sans doute parce que, quand on côtoie soi-même par moment le seuil de la misère, on a moins peur d'avoir à y repasser pour un temps.
On pourrait détailler. Mesure-t-on le pourcentage de superflu que l'on est prêt à donner ? Là, il n'y a pas photo. C'est que le minimum nécessaire pour vivre est à peu près le même pour tous. On pourra donc voir des gens qui ont à peine plus que ce minimum donner la différence. On ne verra pas de gens qui ont largement plus le faire. Effectivement, il est plus facile de donner ce qui représente par exemple dans les deux ou trois pour cent de ses revenus que d'en donner quatre-vingt-dix-sept ou quatre-vingt-dix-huit... J'exagère, dira-t-on, de me baser ainsi sur le pourcentage du superflu ? C'est pourtant au moins ça, la pauvreté évangélique, la pauvreté prônée par Jésus : se contenter du nécessaire, tout le reste n'est qu'encombrement, comme on le voit ici à la difficulté à s'en débarrasser quand l'occasion s'en présente !
Nous ne sommes, de fait, qu'exceptionnellement capables de faire confiance comme cette veuve, au point de donner absolument tout, y compris ce que nous "avons pour vivre", comptant sur la providence divine pour subvenir à nos besoins. Et de fait encore, nous sommes même rarement capables de donner tout notre superflu. Ne serait-ce, peut-être, parce que nous avons charge d'âmes, et que la vie nous a appris qu'il peut y avoir des hauts et des bas, et que nous jugeons plus censé d'avoir un minimum d'épargne pour absorber les mauvais passages éventuels à venir, plutôt que de compter sur la solidarité publique, les aides sociales, c'est-à-dire finalement de peser sur les autres. Et ces arguments ne sont pas sans fondement.
Alors, que penser de notre veuve ? Remarquons que le texte vante la valeur de son don par rapport à celui de gens plus riches qu'elle, mais ne se prononce pas nécessairement sur la judiciosité de la destination de ce don... Étant donné l'opinion de Jésus sur l'institution du temple, on peut douter qu'il prônait de contribuer ainsi à son maintien. Lui qui refusait de se plier à tout automatisme en matière religieuse, que ce soit pour les jeûnes, les prières, le sabbat, et n'importe quoi en fait, on voit mal qu'il ait pu parler autrement au sujet de l'aumône.
Ce qui gêne dans cet épisode, c'est l'anonymat de la destination du don. Il ne s'agit pas de donner par principe, dans l'abstrait. Mais il s'agit que, lorsque nous rencontrons plus miséreux que nous, quand notre route croise le besoin de l'autre, nous sachions alors être généreux sans mesure. C'est l'exemple que nous trouvons plus sûrement dans les évangiles, ainsi par exemple dans l'épisode dit du 'bon' Samaritain. Mais c'est l'exemple aussi que nous donne Jésus lui-même. Certes, il n'avait pas de ressources matérielles propres, semble-t-il, mais ce qu'il avait, il le donnait : son émotion, sa compassion, sa solidarité, qui se traduisaient, pour lui, par ces signes qui ont fait sa renommée : guérisons, délivrances, enthousiasme, un peuple de pauvres qui s'est levé parce qu'il avait vu une espérance nouvelle. C'est là ce que le monde attend encore de nous.


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