Scénario catastrophe
« Lorsque vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, sachez alors que sa dévastation est toute proche. Alors, ceux qui seront en Judée, qu'ils s'enfuient dans la montagne ; ceux qui seront à l'intérieur de la ville, qu'ils s'en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu'ils ne rentrent pas en ville, car ce seront des jours où Dieu fera justice pour accomplir toute l'Écriture.
« Malheureuses les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura une grande misère dans le pays, une grande colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant de l'épée, ils seront emmenés en captivité chez toutes les nations païennes ; Jérusalem sera piétinée par les païens, jusqu'à ce que le temps des païens soit achevé.
« Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
« Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »
voir aussi : Monde nouveau, Finale spectaculaire, Temps nouveaux
Le grand guignol ! Prenez la catastrophe de la destruction de Jérusalem et du temple, des massacres de population systématiques par les romains exaspérés, puis extrapolez, amplifiez le mouvement : de l'extermination d'un peuple et de sa culture, passez à des troubles concernant le monde entier – après tout, il faut bien vous venger comme vous pouvez, tant de l'agresseur que de ceux qui ont laissé faire, – et vous avez cette apocalypse résumée en quelques mots.
Luc reprend ici de ses sources une vision qu'il a pourtant su dépasser par ailleurs, comme on le voit dans ses "Actes des Apôtres", où il parle pour une communauté pleine de dynamisme, de projets, d'ambitions, qui se propose d'étendre le champ de sa mission à la terre entière, au lieu de se crisper sur l'attente, la tête baissée, le dos rond, que ça se passe et que leur champion vienne leur rendre justice. L'état d'esprit de Luc est aux antipodes de celui-ci, mais après tout, comme toutes les vaticinations sur les fins dernières, celle-ci se garde bien de donner des dates. La rhétorique des communautés issues de Paul, au nom desquelles Luc parle, s'accommodera de ces attentes, du retour de Jésus Superman, en les reléguant dans un avenir tellement lointain que leur éventuel avènement en devient une pure figure de style.
Luc aurait donc pu se dispenser de produire ce passage, et peut-être aurait-il mieux fait. C'est un discours à la Matthieu, c'est-à-dire d'une communauté plutôt repliée sur elle-même, sur son petit horizon judéo-juif, et à laquelle l'histoire ne donnera pas de postérité. Pourtant, cette branche qui a échoué à se survivre par elle-même, fait encore sentir son influence, même de nos jours. Il y a encore des gens pour attendre ces événements de fin des temps, et ce retour écrasant de gloire et de puissance, et tout ce grand tralala.


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