Partage d'évangile quotidien
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Fins dernières

Mar. 25 Novembre 2014

Luc 21, 5-11 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Certains disent du temple qu'il est orné de belles pierres et d'ex-voto. Il dit : « Ce que vous voyez ?... Viendront des jours où il ne sera laissé pierre sur pierre qui ne sera détruite. »  Ils l'interrogent et disent : « Maître, quand donc seront ces choses ? Et quel sera le signe, que ces choses vont arriver ? » 

Il dit : « Prenez garde, qu'on ne vous égare ! Car beaucoup viendront sous mon nom. Ils diront : "Je suis !" et : "Le temps est proche !" N'allez pas derrière eux. Quand vous entendrez guerres et révolutions, ne soyez pas épouvantés : car il faut que ces choses arrivent d'abord. Mais pas aussitôt la fin ! »  Alors il leur dit : « Se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands séismes, et, en divers lieux, famines et fléaux. Il y aura aussi des terreurs et, venant du ciel, de grands signes. » 

 

 

Il n'est plus ici, par He-Qi

 

 

voir aussi : Granguignolesque, Surenchères dans la démesure, De mains d'hommes, Beauté des signes, Fin des temps

Nous sommes dans la dernière semaine du temps liturgique de l'église catholique. C'est la fin de l'année ! Dès la semaine prochaine, nous en commencerons une nouvelle, avec d'abord le temps de l'Avent, qui prépare à Noël, lequel se poursuit par le temps de Noël. Ensuite, après un délai variable selon les années, vient le temps du Carême, qui prépare à Pâques, lequel se poursuit par un temps pascal qui mène jusqu'à Pentecôte. Il est significatif que cette mémoire annuelle de la vie de Jésus ne s'étende, de sa naissance à sa mort, que sur une période variant de un trimestre à un trimestre et demi. Cela indique les places respectives accordées symboliquement au temps de l'enracinement dans l'événement fondateur, et au temps du développement et du déploiement dans l'histoire de cet événement originel. Mais ces considérations mises à part, pour cette dernière semaine du temps dit 'ordinaire', nous allons suivre jusqu'à samedi ce qu'on appelle parfois le discours 'apocalyptique'. Nous le suivons ici dans sa version lucanienne, mais les trois évangiles synoptiques ont placé un discours similaire au même moment de leur récit, c'est-à-dire juste avant le dernier repas.

'apocalyptique' ne veut pas parler en premier d'événements catastrophes. Il faut le prendre dans son sens étymologique de révélation. Révélations sur des temps futurs, et plus précisément les temps de la fin, ce qui cette fois implique presque inévitablement des événements cosmiques. Il est certain que ces discours ne sont pas de Jésus, même s'ils peuvent emprunter des éléments qui viennent de lui. Il est certain que Jésus, au moins dans la seconde partie de son ministère, celle où il avait renoncé à la notion de Royaume à la mode juive de son époque, très politique et terrestre, ne pouvait plus vraiment croire en un grand soir qui viendrait pour tous en même temps. Surtout, il est certain que Jésus n'avait aucune idée de ce qui se passerait après sa mort... ! Ces discours apocalyptiques nous parlent donc de ce en quoi croyaient les premières communautés chrétiennes, de ce schéma auquel, elles, n'avaient pas renoncé, de ce Royaume définitif et éternel dans lequel elles avaient d'abord cru être entrées lors de ce qu'elles ont appelé la venue de l'Esprit, puis qu'elles ont reporté pour un peu plus tard, avec le retour final de Jésus qu'elles attendaient avec de plus en plus d'impatience. C'est de cet événement qu'elles ont imaginé, que nous parlent ces discours, placés donc juste avant les trois jours du dernier repas, de la mort et de la résurrection, de manière à ce qu'en abordant cette partie la plus dramatique de l'histoire de Jésus, les lecteurs ou auditeurs aient d'abord en vue l'espérance à quoi se raccrocher, celle pour laquelle Jésus est censé se sacrifier.

Ces considérations de contexte étant dites, Luc, comme Marc (13, 1-2) et Matthieu (24, 1-2), prennent comme point de départ prétexte une supposée prédiction de la destruction du Temple. Au-delà, donc, de la facilité qu'il y a à prédire des événements une fois qu'ils ont eu lieu, nous retrouvons ici surtout la signification que lui ont attribuée les premiers chrétiens, dans leurs controverses avec les pharisiens qui allaient instituer le judaïsme rabbinique. Nous en avions déjà un peu parlé la semaine dernière, la destruction du Temple a été interprétée par ces chrétiens comme désaveu de la part de Dieu du judaïsme qui n'avait pas su reconnaître en Jésus le Messie. Ils se rendaient pourtant encore dans ce Temple, au moins dans les premiers temps, et y sont restés attachés sans doute jusqu'à sa destruction, ce qui veut dire qu'ils croyaient vraisemblablement à la présence de Dieu dans le Saint des Saints, le lieu le plus reculé de l'édifice, même si Matthieu a pu écrire par la suite que le 'rideau' qui masquait ce Saint des Saints se serait déchiré au moment de la mort de Jésus. C'est donc l'événement de cette destruction qui les a obligés, en quelque sorte, à s'en émanciper, et à commencer à penser que Jésus était le vrai Temple, et par voie de conséquence que chaque homme aussi est le lieu le plus assuré de la présence de Dieu. Ces notions étaient pourtant certainement présentes dans ce que Jésus avait pu essayer de leur transmettre, en leur parlant de Dieu comme Père. Mais il n'est pas si simple de se débarrasser de ses vieux schémas. Si le Temple n'avait pas été détruit, peut-être le christianisme serait-il encore de nos jours centré sur le Temple de Jérusalem comme lieu de la présence de Dieu par excellence...

Dans ce même billet de la semaine dernière, je disais que Jésus lui-même semble être resté attaché au Temple, puisque quelques jours avant sa mort il a éprouvé le besoin d'en chasser les marchands. On ne voit pas bien pourquoi il aurait ensuite évolué sur la question : en arrivant à Jérusalem, il savait déjà à quoi s'en tenir sur la clique sadducéenne et sur ce qui l'attendait. Il n'y a pas eu de nouvelle révélation pour lui dans ce qui s'est passé par la suite. On peut donc dire que l'évolution ultérieure du christianisme, qui, avec bonheur à mon sens, s'est émancipé de l'attachement à un lieu précis et unique comme résidence principale de Dieu, était contenue dans la 'révélation' apportée par Jésus, mais n'avait été développée ni par lui, ni par les premiers chrétiens. Ceci, d'une part, est le principe d'achèvement, ou d'accomplissement, de la révélation dans le temps au travers de l'histoire de l'Église. C'est au nom de ce principe que l'Église se considère comme continuatrice de l'œuvre de Jésus. Ce qui ne veut pas dire que tout ce qu'elle fasse soit forcément judicieux... D'autre part, pour les mêmes raisons, on peut mieux comprendre que, le fait que les évangiles ne soient pas un récit historique de la vie de Jésus, ne signifie pas pour autant qu'ils soient forcément une falsification. Quand ils disent que Jésus aurait prévu la destruction du Temple, c'est faux au sens strict, mais vrai dans l'esprit...

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