Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Ce qu'il fallait démontrer

Jeu. 4 Avril 2013

Luc 24, 36-48 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d'eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! » 

Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. 

Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement.Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. 

Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Il conclut : « C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. » 

 

 

Le Seigneur ressuscité, par He-Qi

 

 

voir aussi : Debout les morts !, On raccroche les wagons !, Compagnons "étrangés"

Un exemple type de ce que ne sont pas les apparitions de Jésus après sa mort : Jésus apparaît d'un seul coup et interpelle aussitôt ses interlocuteurs, puis il prend le temps de faire tout un spectacle pour leur prouver que c'est bien lui et qu'il est parfaitement vivant, enfin il fait un grand discours qui justifie les choix théologiques des premiers chrétiens. Quel contraste avec les deux épisodes que nous avons vus hier et avant-hier ! Que ce soit avec Marie de Magdala ou avec les deux disciples en route vers Emmaüs, Jésus est déjà là, présent avec nous, mais c'est nous qui ne savons pas le reconnaître, et il se passe du temps avant que nous comprenions. Et ensuite, il ne s'impose pas : il y a à un moment un signe auquel nous le reconnaissons, mais c'est bien nous qui sommes sensibles à ce signe, il n'y a là aucune obligation. Et enfin, sitôt reconnu, Jésus s'échappe. Nous ne pouvons nous emparer de lui, Marie ne peut pas le toucher, il disparaît de la table sitôt le pain partagé.

Nous voyons la différence entre des épisodes qui ont conservé quelque chose de la réalité des apparitions et un épisode qui est entièrement une construction idéologique destinée à servir la propagande. Ces deux critères sont intéressants pour discerner le vrai du faux dans les différents récits d'apparitions que nous trouvons dans les évangiles. Le premier critère : Jésus est là mais le ou les protagonistes ne le reconnaissent pas. Outre les histoires de Marie Madeleine et des disciples d'Emmaüs, nous trouvons ce critère dans un troisième épisode rapporté par Jean, où Jésus apparaît aux galiléens retournés chez eux, à la fin d'une nuit de pêche où ils ont fait chou blanc. Et le deuxième critère : sitôt reconnu, Jésus disparaît. La rencontre n'est pas une réunion d'anciens combattants qui vont pouvoir se complaire dans la nostalgie du temps passé et disparu dans une tentative vaine pour le faire revivre. La résurrection n'est pas l'escamotage comme par une baguette magique de la mort ! C'est comme sur la montagne de la transfiguration, quand Pierre prétendait s'installer là et monter les tentes ! La rencontre de Jésus ressuscité n'est pas un but, c'est un départ.

Mais si ces critères ne nous servaient qu'à un travail d'archéologie sur ces textes anciens que sont les évangiles, l'intérêt resterait très mince. Nous allons prendre un peu d'avance sur le temps liturgique, mais nous ne devons pas, ici, nous laisser abuser par cette construction littéraire, qui nous vient de Luc seul, et que l'on appelle l'ascension. À un moment de leur histoire, les premiers chrétiens ont en effet fait le constat qu'ils ne bénéficiaient plus de ces rencontres particulières avec Jésus ressuscité. Alors ils ont tricoté ce fait avec leur conception d'un Dieu encore extérieur et ils ont dit : voilà, c'est parce que Jésus est maintenant reparti vers Dieu, il trône désormais à la droite du Père ! comme s'il était incompatible d'être à la fois avec Dieu et présent dans le monde ! comme s'il y avait désormais une barrière entre Jésus et nous ! Oui, cette 'ascension' n'est que le retour des vieux ferments qui viennent gacher la pâte nouvelle. Jésus n'est pas parti, il est toujours là, il ne tient qu'à nous de le reconnaître. Mais ne nous attendons pas à pouvoir nous installer tranquillement, à pouvoir construire une belle Église bien solide sur ses fondations et qui défiera les siècles sans vaciller...

Une dernière chose : ce que nous disons ici du mode de présence de Jésus au monde après sa mort fait beaucoup penser à ce que les évangiles disent par ailleurs de l'Esprit. L'Esprit, en effet, surgit quand on ne s'y attend pas et on ne peut pas non plus le retenir. Effectivement. C'est toute la grandeur du témoignage que nous ont légué les premières générations. C'est tout mélangé, il y a de tout, du pire et du meilleur. On peut regretter le pire, on doit même le regretter, le traquer et le dénoncer. Mais on doit tout autant reconnaître le meilleur et leur en donner acte ! Jésus est à la fois mort, et bien mort, et vivant, et bien vivant. Et nous pouvons le rencontrer, mais ce n'est pas pour reproduire une histoire ancienne, c'est pour en écrire une nouvelle, qui n'existe pas encore, dont nous ne pouvons pas savoir ce qu'elle sera, qui n'est à l'heure actuelle prévue par personne. Imprévisible, inouïe, inconcevable : c'est ça, la résurrection !

Commenter cet évangile