Fastoche ?
Or, en l'un des jours, il était à enseigner. Des pharisiens et des maîtres de la loi étaient assis. Ils étaient venus de tous les villages de la Galilée, de Judée et de Iérousalem. La puissance du Seigneur lui faisait opérer des guérisons.
Et voici : des gens amènent sur un lit un homme qui était paralysé. Ils cherchaient à le faire entrer et à le mettre en face de lui. Et ils ne trouvent pas par où le faire entrer, à cause de la foule. Ils montent sur la terrasse : à travers les tuiles, ils le descendent avec son matelas, au milieu, devant Jésus. Il voit leur foi et dit : « Homme ! Tes péchés te sont remis ! »
Les scribes et les pharisiens commencent à faire des réflexions. Ils disent : « Qui est-il, celui-là, qui dit des blasphèmes ? Qui peut remettre des péchés, sinon le seul Dieu ? » Jésus connaît leurs réflexions. Il répond et leur dit : « Pourquoi faites-vous des réflexions en vos cœurs ? Quel est le plus facile ? Dire : "Tes péchés te sont remis". ou dire : "Dresse-toi et marche" ? Eh bien ! pour que vous sachiez que le fils de l'homme a pouvoir sur la terre de remettre les péchés... » Il dit au paralysé : « À toi, je dis : Dresse-toi ! Prends ton matelas et va dans ton logis. » Soudain, il se lève en face d'eux, il prend ce sur quoi il était étendu et s'en va dans son logis, en glorifiant Dieu.
Une stupeur les saisit tous : ils glorifiaient Dieu, et étaient remplis de crainte, en disant : « Nous avons vu des choses incroyables, aujourd'hui ! »
voir aussi : Là, on crève le plafond, Pouvoir de l'homme, Double relaxe, Qui est comme Dieu ?
C'est peut-être un des points les plus cruciaux de la 'révolution' Jésus. Jean le baptiste avait ouvert le chemin : son baptême "pour le pardon des péchés" était déjà une remise en cause radicale du système sacrificiel du Temple, d'autant plus percutante que Jean était de famille sacerdotale ! Avec lui, donc, plus besoin d'aller payer des animaux à des prix honteux, plus besoin d'engraisser les grandes familles sadducéennes, juste cette démarche d'un lavement symbolique, mais aussi la ferme résolution de changer ses comportements et son mode de vie... On comprend que ces autorités religieuses, qui devaient leur position et leur confort à ces rites remis en cause par un des leurs, l'aient eue mauvaise ! d'où la délégation qu'ils avaient envoyée à Jean pour tenter de discréditer son action. Son arrestation, quelques temps plus tard, par Hérode ne leur est peut-être pas imputable, mais nul doute en tout cas qu'elle les a bien arrangés.
Las ! à peine débarrassés de celui-ci, en voilà un autre qui prend le relais. Il est probable que Jésus, dans les premiers temps de son ministère, a simplement poursuivi l'action de Jean le baptiste, baptisant lui aussi "pour le pardon des péchés", si on se fie à l'évangile de Jean. En tout cas, aujourd'hui, plus question de plongeon dans l'eau, il ne reste plus que la parole : "tes péchés te sont remis". Mine de rien, cela fait une différence non négligeable. Avec Jean, c'était le rite du baptême qui était censé remettre les péchés, pas le baptiseur. Ce rite supposait une démarche du 'pénitent' pour être effectif, et on peut imaginer que parfois Jean ait pu refuser de l'administrer à certaines personnes qui lui semblaient visiblement ne pas être entrées dans cette démarche, tout comme, face à Jésus, il fut tenté de refuser aussi, bien que pour les raisons inverses. Mais cela ne nous est pas dit, et le principe général était bien celui d'un rite, c'est-à-dire d'une opération comportant encore une part importante d'automatisme, de mécanisme pourrait-on dire.
La méthode Jésus, que nous voyons à l'œuvre aujourd'hui, franchit donc encore un grand pas. Jésus a vu la démarche effectuée par cet homme, et c'est au vu de cette démarche qu'il lui confirme que "ses péchés lui sont remis". Attention ! contrairement à ce dont l'accusent les scribes et les pharisiens, Jésus ne prétend pas que c'est lui qui remet les péchés du paralytique ! il ne dit pas "je te remets tes péchés", mais bien "tes péchés sont remis". Jésus n'a ici que le rôle de témoin, non d'auteur, mais de témoin actif, puisque, sans lui, le pardon de Dieu n'atteindrait pas son destinataire. De fait, nous avons toujours besoin d'une médiation pour nous réconcilier, parce que ce n'est jamais avec Dieu seul que notre péché a à se faire pardonner, qu'il y entre toujours une dimension communautaire. Nous rejoignons ici cet autre thème important du message de Jésus, que l'amour de Dieu et l'amour du prochain sont indissociables, les deux faces d'un seul et même amour.
La version parallèle de ce passage chez Matthieu est celle qui donne la conclusion la plus pertinente de l'épisode : les foules glorifient "le Dieu qui donne un tel pouvoir aux hommes". Où on comprend donc, aussi, de quelle nature est le vrai pouvoir de Dieu. Nous ne sommes plus du tout dans les notions de puissance, ce n'est plus le Dieu qui trône au loin dans son ciel. Le Dieu de Jésus est avec nous, en nous, et son pouvoir, notre pouvoir, c'est celui de rétablir l'autre dans son intégrité en lui pardonnant. Dieu est nu, comme le roi, comme aussi le petit enfant qui va bientôt naître, il s'en est remis entièrement entre nos mains.


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