Partage d'évangile quotidien
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Manuel de survie

Jeu. 14 Février 2013

Luc 9, 22-25 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » 

Il disait aussi à la foule : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c'est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence ? » 

 

 

La crucifixion, par He-Qi

 

 

voir aussi : Mourir pour vivre, Le monde en jeu, Perdition

Le chemin du chrétien serait donc très proche de celui du bouddhiste : s'effacer, renoncer à soi-même. Le moi est une illusion, le monde entier est une illusion. Tous nos désirs du monde, nos désirs de vie, notre condition humaine, c'est ce qui nous mène à notre véritable perte. Nous devons renoncer à tout ça, nous devons dissiper toutes ces illusions, si nous voulons trouver le Père et notre véritable nature, si nous voulons atteindre au nirvana. À ce stade, quand nous y serons, certains prétendent qu'il y a une grande différence entre le bouddhisme et le christianisme : dans le bouddhisme, le nirvana ne serait qu'un néant, au contraire de la résurrection dans le christianisme.

Ma foi, personnellement je n'en sais trop rien, je veux dire pour le nirvana. Je crois que beaucoup de bouddhistes, ou d'apprentis bouddhistes, le considèrent effectivement ainsi, mais pour ce qu'il en est en réalité ? Cette insistance sur l'extinction de toute manifestation ne parle en fait que de ce domaine des illusions. Et, si le bouddhisme ne personnalise donc pas la réalité ultime, il n'affirme pas non plus qu'il n'y en ait pas du tout, qu'il n'y ait absolument rien.

Du côté chrétien, maintenant, nous ferions bien de nous méfier de nos certitudes ! Nous disons croire en la résurrection, mais qu'en est-il exactement, en quoi consiste-t-elle ? À la base, il y a ce qui est arrivé à Jésus, ou ce que nous croyons qu'il lui soit arrivé : son corps physique a disparu d'une manière unique dans l'histoire de l'humanité, du moins que l'on sache. Cette disparition du corps nous est attestée par le témoignage de ses disciples, rapporté dans les évangiles, et par le linge qui l'enveloppait dans son tombeau. Grâce à ce linge, et aux progrès de la technique depuis deux mille ans, nous en savons d'ailleurs aujourd'hui un peu plus, que les témoins oculaires de l'époque, sur les caractéristiques de cette disparition. Nous ne l'expliquons pas mieux, loin s'en faut ! mais nous pouvons nous représenter quelque chose du genre désintégration nucléaire, une transformation de la matière en énergie. Surprenant ! pour le moins. Unique ? Pour autant qu'on le sache, car après tout nous ne pouvons pas affirmer que cela ne se soit jamais produit pour personne d'autre...

Voilà pour la disparition du corps. Ensuite, il y a les apparitions, qui, pour la plupart des chrétiens, ne font qu'un seul et même phénomène avec la disparition, et c'est ce tout indissociable qu'ils nomment la résurrection. C'est en se fondant sur cet amalgame de deux phénomènes d'ordre différents, qu'ils en déduisent leur espérance : la résurrection serait une sorte de nouvelle vie, avec un corps de nature différente de celui de cette vie-ci, mais manifestant quand même une individualité, et supposant une forme quelconque de continuité avec notre individualité présente. Mais qu'en est-il exactement de ces apparitons ?

Il faut noter en tout premier que, si la disparition du corps de Jésus semble, sinon unique, au moins rarissime, il n'en va pas du tout de même avec les apparitions. Ce n'est certes pas le cas ordinaire pour tout un chacun, mais le phénomène a été relaté pour de nombreux saints, pour ce qui est des seuls chrétiens, mais aussi pour de nombreuses 'grandes âmes' chez les hindous, et en réalité dans beaucoup d'autres religions encore. Il n'est bien sûr pas facile, là non plus, de savoir de quoi il s'agit précisément. On peut parler de corps glorieux, ou de fantôme, mais on peut supposer aussi une forme d'objectivisation de l'imaginaire ou de la pensée des personnes qui expérimentent ces apparitions. Bref, il est difficile de savoir si ces manifestations signifient une persistance de la personnalité décédée en elle-même ou seulement dans la mémoire collective de l'humanité. Mais cette distinction est-elle importante ? Que ces manifestations proviennent directement de la personne décédée, ou de la représentation qu'elle avait donnée d'elle-même dans l'esprit de ceux qui l'on connue avant son décès, le résultat n'est-il pas le même, ne montre-t-il pas que cette personne est encore capable d'influer sur la marche du monde même après sa mort ?

Mais avant cela, bien sûr, il s'agit de mourir, et de bien mourir, encore. Et c'est ce vers quoi s'achemine donc Jésus désormais, et ce dont il avertit ses disciples. Ce n'est pas qu'il soit suicidaire, et ce n'est pas non plus ce qu'il leur demande. Il ne s'agit pas de vouloir mourir, mais il s'agit de l'accepter, et de faire tout pour pouvoir s'y présenter la tête haute ! et c'est tout ce que Jésus dit ici. Il sait bien que la belle aventure en Galilée est terminée, qu'il ne dépend pas de lui que les hommes découvrent ce dieu secret en eux, le Père, avec lequel lui vit. Et alors ? va-t-il laisser tomber ? Ok les gars, ok mon Dieu, continuez sans moi ? Il sait qu'il n'a pas plus de chances de faire comprendre quelque chose aux autorités religieuses qu'à ses amis d'enfance, au contraire, et qu'elles, en tout cas, ne l'en tiendront pas quitte. Mais comment pourrait-il renier ce qui le fait vivre ? Comment pourrait-il faire comme si le Dieu qu'il a trouvé en lui, au cœur de son cœur, n'était que le fruit de son imagination ?

Il n'y a bien sûr que lui qui puisse le savoir, et il ça n'ira pas toujours tout seul, il aura ses moments de doute, dont au moins un nous a été conservé : sur la croix, au moment de mourir. Mais il est allé au bout de sa foi, et nous avons chacun à en faire autant. Si du moins nous avons une foi...

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