Réveillez-vous !
Il dit : « Le fils de l'homme doit beaucoup souffrir, et être rejeté par les anciens, grands prêtres et scribes, et être tué, et, le troisième jour, se réveiller. »
Il disait à tous : « Si quelqu'un veut venir derrière moi, qu'il se nie lui-même, porte sa croix chaque jour et me suive ! Eh oui ! Qui voudra sauver sa vie la perdra ! Mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera ! Eh oui ! En quoi est-ce utile à un homme s'il a gagné le monde entier, s'il se perd ou se damne lui-même ? »
voir aussi : Manuel de survie, Mourir pour vivre, Le monde en jeu, Perdition
La vie de Jésus a-t-elle encore un sens, s'il savait à l'avance qu'il 'ressusciterait' ? Lorsqu'il s'est rendu à Jérusalem, pour aller proclamer haut et fort son message à portée d'oreilles, et de mains, du sanhédrin, est-ce la même chose s'il pouvait se dire que, au pire, il en serait quitte pour un petit séjour au tombeau, ou s'il n'en avait aucune idée ? Dans laquelle des deux hypothèses son témoignage est-il le plus fort ? dans celle du dieu à l'apparence d'homme, qui joue une comédie, certes tragique, mais seulement provisoire, ou dans celle de l'homme qui mise tout sur sa confiance en son Père, s'en remettant à lui pour que son sacrifice éventuel ne se fasse pas en vain ? Jésus n'imaginait certainement pas la résurrection, telle qu'il l'a vécue. Concernant son devenir personnel, il espérait tout au plus qu'il bénéficierait de la résurrection à laquelle croyaient les pharisiens, la résurrection de tous les justes lors de l'inauguration du Royaume. Non, s'il est allé vers ce qui avait toutes les chances d'être la fin de sa vie terrestre, son espoir n'était sûrement pas qu'il "se réveillerait le troisième jour" – ce que nous avons appelé sa Résurrection. Son seul espoir pouvait être que son témoignage aiderait ses disciples, ou d'autres, à découvrir enfin, d'une manière dont il n'avait aucune idée, ce Père avec lequel il vivait, lui, une relation si forte, et avec lequel il était persuadé que chacun peut vivre aussi la même relation – et c'est ce que nous avons appelé la venue de l'Esprit.
La Résurrection de Jésus était-elle nécessaire ? La disparition mystérieuse de son corps, telle qu'elle nous est rapportée dans les évangiles, et telle qu'en témoigne aussi le linceul conservé à Turin, a-t-elle joué un rôle dans la venue de l'Esprit, qui reste l'événement le plus important conséquent de la mort de Jésus ? Il semblerait que non. Si on regarde attentivement les évangiles, on constate que les disciples ne s'intéressent que très peu, voire pas du tout, à cette histoire de corps disparu. Il n'y a que Jean qui déclare que c'est en la constatant que "il crut", c'est-à-dire surtout en constatant les indices qui lui permettent de comprendre quel genre de disparition s'est opérée. Mais les synoptiques, eux, n'attachent pas d'importance à cette disparition. À ce stade là, rien ne bouge chez les disciples, tellement peu, d'ailleurs, que les galiléens désertent le terrain, ils rentrent chez eux, comme en témoigne le récit d'Emmaüs. Ce qui va commencer à les ébranler, en fait, ce sont les apparitions. Mais l'apparition d'un décédé ne nécessite pas en soi que son corps ait au préalable disparu ! De nombreux cas d'apparitions de "saintes personnes" après leur mort (dans toutes les traditions spirituelles) en témoignent. Même si on veut tenir compte de ce que les apparitions de Jésus se seraient produites sur un mode plus 'matérialisé' que ce qui se passe généralement avec d'autres (on peut le toucher, il mange même), il serait bien hasardeux d'affirmer pour autant que cette matérialisation plus élevée nécessitait la disparition du corps ! On peut donc conclure : la dématérialisation du corps de Jésus a été un phénomène rarissime, sinon unique, mais elle n'a pas de signification essentielle dans la foi. Elle témoigne que Jésus avait certainement une spiritualité très élevée, mais ne permet pas, en elle-même, d'en conclure qu'il était Dieu !
Les apparitions étaient-elles nécessaires ? pendant qu'on y est ! Ici, il est beaucoup plus difficile de répondre. Il n'est seulement pas évident, déjà, qu'il y ait eu effectivement apparitions. Ce qui est certain, c'est que les disciples, un certain temps après la mort de Jésus, se sont mis à le comprendre... Ça, c'est ce dont nous pouvons être sûrs, car sinon ils ne nous auraient jamais transmis quoi que ce soit de toute cette histoire, ils seraient restés terrés chacun dans son coin, et plus personne n'aurait jamais plus entendu parler d'un certain Jésus. Ce qui est donc premier, c'est cette nouvelle compréhension qu'ils ont obtenue. Ceci s'apparente plutôt à ce qu'ils ont décrit comme "la venue de l'Esprit". Mais comment s'est produit ce phénomène ? honnêtement, le plus probable est que cette sorte de renaissance par laquelle ils sont passés a nécessité qu'ils aillent d'abord au fond d'une sorte de mort... Il a fallu qu'ils fassent le deuil de tout ce qu'ils avaient projeté sur Jésus de son vivant pour que, dans ce désert de leur esprit, puisse naître enfin autre chose. Et, ce processus, on voit mal qu'il ait pu se produire s'ils avaient eu à se mettre sous la dent un Jésus revenu des morts, auquel ils pouvaient alors raccrocher tout ou partie de leurs espoirs déçus... Mais, d'un autre côté, cela pourrait aussi expliquer que justement, visiblement, ils sont restés dans une sorte d'entre deux. Ils ont clairement compris beaucoup de choses, mais ils ont gardé aussi beaucoup de l'ancien levain, comme on le voit par exemple dans les Actes (1, 6) : "Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ?", espérance et attente dans laquelle ils sont restés encore très longtemps !


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