Partage d'évangile quotidien
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Droits de l'enfant

Sam. 1 Mars 2014

Marc 10, 13-16 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Ils lui présentent des petits enfants pour qu'il les touche. Les disciples les rabrouent. Mais Jésus voit, s'indigne et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ! Car c'est à leurs pareils qu'est le royaume de Dieu. Amen, je vous dis : qui n'accueille pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, il n'y entrera pas ! » Il les serre dans ses bras. Il les bénit en mettant les mains sur eux. 

 

 

La découverte de Moïse, par He-Qi

 

 

voir aussi : Enfants modèles, Enfance de l'art

Nous avions hier l'enseignement sur le mariage, et nous avons vu que la position de Jésus, difficile à comprendre par ses coreligionnaires, difficile aussi parfois de nos jours, était surtout une tentative de hiérarchiser les priorités : non le mariage n'est pas fait que pour avoir une progéniture. Ce qui est premier, c'est le couple, qui a une valeur en lui-même, sa fécondité physiologique est un plus, que tous les couples connaissent, ou regrettent de ne pouvoir connaître, mais pas sa seule finalité. Il ne faudrait pas croire pour autant que Jésus tenait les enfants pour quantité négligeable ! au contraire, et là aussi à rebours des usages de son temps, il avait pour eux une tendresse particulière, qui remontait sans doute à son enfance de premier-né d'une tribu nombreuse et rapprochée, au cours de laquelle il eut certainement souvent à s'occuper de ses petits frères et petites sœurs. Il n'a jamais oublié cette période de sa vie, et la manière dont les adultes (les hommes surtout) ont tendance à les exclure de leur vie sociale publique le fait à chaque fois réagir vivement. Il retrouve alors les gestes du grand frère qui protège, qui rassure et réconforte, et il ne faudrait évidemment surtout pas interpréter ce passage dans un quelconque sens scabreux.

Ceci pour un aspect de cette scène. Maintenant, il y a aussi la question qui vient se greffer, sur ce qui n'est au départ qu'un comportement propre à Jésus, lié à son histoire personnelle, et qui n'a en soi aucune valeur normative. Il est bon que nous apprenions à considérer les enfants comme des personnes à part entière, ayant droit, à ce titre, comme tout être humain, à tout notre respect (ce qui ne veut pas dire pour autant, au contraire, de leur passer tous leurs caprices...), mais cette raison ne devrait-elle pas se suffire à elle-même ? que ce soit ou non "à leurs pareils qu'est le royaume de Dieu" y change-t-il quelque chose ? Nous devons faire attention qu'il est bien dit "à leurs pareils", et non aux enfants eux-mêmes. Et lorsqu'on nous dit qu'on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu si on "ne l'accueille pas comme un petit enfant", on ne dit pas non plus que les enfants y entrent pour autant. On ne peut pas ainsi idéaliser l'enfance à priori, sans autre forme de justification qu'un vague sentiment de nostalgie, qui nous fait croire, contre notre raison, qu'elle serait une sorte de paradis. Entrer dans le Royaume consisterait à renoncer à ses capacités de réflexion, de discernement, de responsabilité ? Et nous ne nous rappelons plus du tout de ce que c'était, vraiment, quand nous étions enfants ?

Il convient donc de faire montre d'une grande prudence avec cette image des enfants. Ce n'est certainement pas le fait qu'ils aient moins de capacités que nous, les adultes, que nous devrions leur envier. Ce n'est pas non plus une mythique innocence originelle à la Rousseau. Par contre, cette force qui les pousse à vouloir devenir "des grands", cette énergie et cet espoir qu'ils placent dans leur avenir, cette confiance, cette foi, et aussi leur patience, car ils savent bien que ça va prendre du temps, leur humilité encore, puisque tout ceci ne dépend pas que d'eux : voilà effectivement des vertus que nous devons leur envier, et mieux, retrouver. Car le Royaume n'est sûrement pas d'être inconscient ! Matthieu (18, 3) le dit plus clairement : il s'agit de "redevenir" comme les enfants. En somme, il s'agit de combiner les deux, à la fois d'être vieux par l'expérience et le savoir, et jeunes par l'ouverture et l'attente. Et ça ne se fait pas tout seul, il faut le vouloir, le Royaume ne se reçoit pas tout cuit dans la bouche, il faut le conquérir. C'est Jean (3, 1s), sans doute, qui va ici au plus proche de la réalité, dans l'entretien de Jésus avec Nicodème : dans le processus naturel de la vie, cette conciliation est une impossibilité en soi. On ne peut à la fois, d'une part vivre, expérimenter, apprendre, et d'autre part demeurer vierges comme au jour de notre naissance. Si nous en restons à ce niveau, nous sommes voués à l'échec.

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