Partage d'évangile quotidien
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Enfants modèles

Sam. 25 Mai 2013

Marc 10, 13-16 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement. 

Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. » 

Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains. 

 

 

Le sacrifice d'Abraham, par He-Qi

 

 

voir aussi : Enfance de l'art

On amène à Jésus des enfants pour qu'il les "touche", c'est-à-dire, comme il le fait effectivement, pour qu'il leur impose les mains. L'imposition des mains est un geste traditionnel du judaïsme, par lequel un prophète, par exemple, transmet le don de prophétie à un de ses disciples, ou un sage transmet le don de sagesse. Nous avons ici une des conséquences de l'activité thaumaturge de Jésus. Devant sa réputation de guérisseur et d'exorciste, on lui amenait de nombreux malades et possédés à guérir. Mais on lui amenait aussi des enfants parfaitement sains, et ce dans l'espoir qu'il leur transmette quelque chose de ses dons, de guérison, d'exorcisme, ou simplement sa sagesse, sa connaissance de Dieu. Ce 'on' qui amenaient les enfants étaient certainement des femmes : ce sont elles qui s'en occupaient, elles pour qui ils avaient de l'importance. Et on imagine que l'agacement des disciples à voir l'attention de leur rabbi détournée pour ces enfants, qu'ils considèrent, eux, en tant qu'hommes, comme de peu d'intérêt, se double de l'agacement que ce soient, évidemment, des femmes qui ont eu cette idée saugrenue !

Il n'y a pas que les enfants, que les disciples ont essayé d'écarter au cours du ministère de Jésus. Nous les voyons dans les évangiles, en d'autres occasions, agir de même avec la foule des malades et possédés, ou même avec la foule tout court. Les disciples ont très vite eu tendance à considérer que Jésus était un peu à eux, et à vouloir décider à sa place de ce qu'il pouvait tolérer ou pas, de ses priorités, de ce qu'il était important qu'il fasse et de ce qui était sans intérêt. On ne peut pas leur en vouloir, ils avaient besoin de lui, et ils le connaisaient, ils savaient bien qu'il était à peu près incapable de ne pas répondre à quiconque le sollicitait, qu'il était faible, toujours prêt à se laisser émouvoir par le premier malheureux venu... C'était donc un peu la routine : les foules s'amassaient, les disciples finissaient par craquer et se mettaient à chasser tout le monde. Et Jésus protestait. Et pareil pour les enfants, il n'y a certainement pas eu qu'une seule fois où ils ont voulu empêcher les "bonnes femmes" de les faire bénir par Jésus. Ce que nous avons aujourd'hui est ce qu'ils ont compris des différentes remontrances qu'il a pu leur faire.

Qu'est-ce qui caractérise donc les enfants pour que Jésus nous dise que le Royaume est à ceux qui leur "ressemblent", qu'on ne peut y entrer si on ne l'accueille pas "à leur manière" ? Un aspect évident que nous venons déjà d'évoquer est qu'ils sont, ou du moins étaient, des petits, des moins que rien, encore moins considérés que les femmes. C'est une caractéristique classique, bien connue, de l'enseignement de Jésus : le Royaume échappe aux grands, aux gros, aux riches, bref à tous ceux qui sont trop pleins d'eux-mêmes, parce que le Royaume est un don, le Royaume se reçoit. C'est de ce même point de vue que les braves pêcheurs de Galilée qu'étaient les disciples étaient à priori bien mieux aptes à recevoir le message de Jésus que les autorités de Jérusalem toutes plus ou moins membres des familles les plus riches et les plus puissantes du pays ! Mais cela ne suffit pas. Il y a une autre caratéristique essentielle de l'enfance, que n'ont pas forcément les pêcheurs et autres petites gens, ou pas autant. Les enfants sont bourrés à craquer d'espoir, de vitalité, d'obstination.

C'est évident ? Oui, bien sûr, justement ils sont jeunes et ils n'ont, normalement, pas encore été esquintés et amochés par la vie. Mais nous ne sommes pas ici dans un jugement et une condamnation. C'est d'un exemple et d'un modèle qu'il s'agit, d'une réflexion et d'une constatation : si le Royaume ne se prend pas d'assaut mais se reçoit, il ne s'impose pas non plus à qui que ce soit. Il faut en avoir le désir et l'attente, pour qu'il se donne. C'est un des plus grands obstacles pour ceux que la vie gave de 'bénédictions' : ils ont tout, ils en sont même blasés souvent, et ils n'espèrent rien de plus. Mais c'est aussi un obstacle, à l'inverse, pour ceux que la vie gave de malheurs : ils finissent par ne plus avoir l'envie ni le goût d'espérer que ça puisse changer, qu'autre chose soit possible. Ils se résignent et n'attendent plus qu'une chose, que ça finisse et qu'ils puissent disparaître enfin.

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