Partage d'évangile quotidien
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Le temps des fondations

Ven. 25 Janvier 2013

Marc 3, 13-19 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus gravit la montagne, et il appela ceux qu'il voulait. Ils vinrent auprès de lui, et il en institua douze pour qu'ils soient avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais. 

Donc, il institua les Douze : Pierre (c'est le nom qu'il donna à Simon), Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques (il leur donna le nom de « Boanerguès », c'est-à-dire : « Fils du tonnerre »), André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélote, et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Le pouvoir, Délégation de pouvoir, Une bonne douzaine

Dans notre esprit de chrétiens du troisième millénaire, il semble évident qu'il y eut effectivement un groupe de douze 'apôtres', douze personnes qui furent choisies par Jésus parmi ses disciples pour avoir un rôle spécial. C'est ce qui nous a été seriné pendant deux mille ans, que l'Église a été fondée sur ces douze, qu'ils en sont les piliers, que nous en sommes les héritiers, sinon nous tous du moins nos hiérarchies. Pourtant, si on examine de plus près les textes, les choses ne semblent plus si simples.

Dans l'évangile de Jean, d'abord, on n'en parle guère qu'en une seule occasion. Nous la retiendrons cependant, elle semble avoir son importance. Cela se passe au tournant du ministère public de Jésus, à la crise qui suit l'épisode de la "multiplication des pains". Chez Jean, cet épisode est suivi d'un long discours, dit du "pain de vie", dans lequel Jésus annonce que pour avoir la vie éternelle il faut "manger son corps et boire son sang", ce qui choque tout son auditoire. Beaucoup alors cessent de le suivre, sauf les douze. Jean n'est pas clair ici, il n'ose pas dire crûment que tous l'abandonnent, il parle seulement de 'beaucoup'. Mais ensuite c'est Jésus qui demande aux douze "s'ils ne veulent pas partir eux aussi", ce qui semble bien sous-entendre qu'ils sont les derniers.

Dans les évangiles synoptiques, d'autre part, il n'est pratiquement question des douze que sur deux ou trois périodes. Il y a en premier l'épisode d'aujourd'hui, l'institution du groupe, puis leur envoi en mission. Ici, il y a deux variantes : pour Matthieu l'envoi en mission suit immédiatement leur institution, tandis que pour Marc et Luc quelques autres 'aventures' s'insèrent entre les deux événements. Peu importe après tout, puisque ces douze sont censés être institués pour, entre autres, justement, être envoyés, il est logique que soit décrite au moins une de ces missions. Notons bien cependant qu'une seule mission est décrite, ce qui fait quand même un peu chiche si c'était vraiment là leur raison d'être essentielle. Jésus aurait-il donc pris la peine d'ériger un groupe d'envoyés (c'est le sens du mot apôtres) juste pour les envoyer une seule fois ?

Sinon, toujours dans les synoptiques, les douze n'apparaissent encore qu'aux derniers temps, pour la dernière semaine : le dernier repas, la trahison par l'un d'eux, la passion. On rejoint donc ici l'évangile de Jean. Jean nous parle des douze comme étant le petit noyau resté fidèle à Jésus après la crise qui a marqué la fin de la période galiléenne, et les synoptique comme du petit groupe qui l'entoure pour les derniers moments du drame : il y a là une certaine cohérence, pour le moins une convergence entre ces deux grands courants. Les douze (le nombre est plus symbolique qu'à prendre au pied de la lettre) représentent surtout le pré carré des derniers combattants. C'est là l'essentiel de leur légitimité. C'est par là aussi qu'ils se sont trouvés les premiers à vivre l'après de la mort de Jésus, ce sont eux qui ont constaté la disparition du corps, ce sont eux qui se sont sentis les premiers emplis de l'Esprit de Jésus, ce sont eux qui n'ont pu faire alors qu'en parler, tellement ce qu'ils vivaient les portait. En sommes, ils ont dès lors été effectivement des 'envoyés'.

C'est ce que les synoptiques ont voulu dire en décrivant une institution des douze par Jésus lui-même de son vivant. Les choses ne se sont pas, historiquement parlant, déroulées ainsi, mais dans l'Esprit elles sont quand même vraies : les douze n'ont bien eu quelque chose à dire après la résurrection que parce qu'ils étaient déjà là, avec Jésus, dès ces débuts en Galilée. En gardant donc précieusement en tête cette différence entre vérité matérielle et vérité spirituelle, relevons encore un dernier aspect du rôle de ces 'douze' tel qu'on nous le décrit dans ce récit de leur institution aujourd'hui. On nous dit ici deux choses, que Jésus les a institués : premièrement pour "être avec lui", et ensuite pour "les envoyer". C'est bien ce qu'il s'est passé. C'est parce qu'ils se sont sentis remplis de son Esprit, après sa résurrection, qu'ils s'en sont allés parler "jusqu'aux extrémités de la Terre". C'est l'expérience de sa présence au-delà de sa mort qui les a fondés.

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