Un petit tour...
Il sort de là. Il vient dans sa patrie. Ses disciples le suivent.
Arrive le sabbat : il commence à enseigner dans la synagogue. Beaucoup, en l'entendant, sont frappés. Ils disent : « D'où ? À lui ! Tout cela ! Quelle sagesse ! Elle lui est donnée ? À lui ! Et ces fameux miracles qui arrivent par ses mains ! Celui-là, n'est-ce pas l'artisan, le fils de Marie, un frère de Jacques, Joset, Juda, Simon ? Et ses sœurs, n'est-ce pas, elles sont ici, auprès de nous ? » Il est pour eux une occasion de chute.
Jésus leur dit : « Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, parmi ses proches, et dans sa maison. » Il ne peut, là, faire aucun miracle. (Sauf pour peu d'invalides : il impose les mains et guérit.) Il s'étonnait de leur manque de foi. Il parcourait les villages des environs, en enseignant.
voir aussi : D'où viens-je ?, Retour au bercail, Qui c'est celui-là ?, Incroyable !
Ce passage de Jésus par son village natal est décrit par les trois synoptiques, mais traité différemment par les uns et les autres. Luc (4, 16-30) l'a situé tout au début du ministère public et l'a dramatisé à outrance (les villageois essaient de tuer Jésus) : son propos était de mettre en valeur le rejet de Jésus par les siens, pour mieux justifier l'option des communautés pauliniennes, d'annoncer l'évangile aux païens. Matthieu, pour sa part (13, 54-58), a plutôt essayé de le minimiser. Pas dans le contenu, en cela il suit presque mot pour mot la version de Marc, mais plutôt par la situation de l'épisode dans son récit : placé à la suite d'une série de paraboles, avec lesquelles on ne voit pas de lien direct, il enchaîne ensuite sur la mort de Jean-Baptiste : toujours pas de lien, mais un temps fort qui nous fait vite oublier le passage à Nazareth. Bref, Matthieu, semble-t-il, n'a pas osé supprimer l'épisode, mais n'a pas trop su non plus quoi en faire. Voyons donc Marc, maintenant.
L'enchaînement avec ce qui précède, d'abord : Marc vient de nous rapporter une histoire très forte, de deux guérisons qui se sont télescopées. Une des deux malades, par son initiative un peu éhontée, a retardé Jésus et entraîné le décès de la seconde. Mais Jésus a retourné la situation, ce qui nous a valu un signe d'un éclat encore jamais atteint jusque là, le retour à la vie de la jeune femme décédée ! Et là-dessus nous arrivons avec ces 'braves' gens qui font la fine bouche : ah oui ! il paraît que..., mais quand même, nous on le connaît bien depuis longtemps, ce n'est pas possible, notre Jésus ne peut pas être ce qu'on dit, on ne peut pas y croire. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait comme une douche froide ! Après une 'résurrection' (le terme plus précis devrait cependant être 'réanimation'), il ne peut remédier chez lui qu'à quelques faiblesses (le terme grec utilisé ici et traduit par 'malades' ou 'infirmes' n'est pas le même que d'habitude, et désigne une pathologie légère). Marc n'a donc pas recouru aux moyens grandiloquents de Luc, mais il a pourtant implicitement presque autant dramatisé la scène.
Et puis ce qui suit, et que nous verrons demain : l'envoi des douze. C'est comme un signal, Jésus aurait pu être déçu, du mauvais accueil des siens, il aurait pu devenir morose, déprimer. C'est le contraire, on dirait que ça l'a déchargé d'un poids. Il peut larguer les amarres, il rompt définitivement avec ses origines pour se consacrer résolument à sa mission. Il passe à la vitesse supérieure, désormais il ne sera plus seul, mais il peut se permettre de déléguer aussi. Il ne faut pas forcément prendre pour argent comptant, que les douze aient eu réellement des aptitudes à guérir, du vivant de Jésus, mais peu importe, c'est ce que veut nous dire le récit de Marc : le passage par son village natal n'a pas été à proprement parler un tournant dans l'histoire de Jésus, mais cependant une étape importante, un nouveau palier a été franchi.


Commenter cet évangile