Partage d'évangile quotidien
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Contre vents et marée

Mer. 8 Janvier 2014

Marc 6, 45-52 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Aussitôt il oblige ses disciples à monter dans la barque, et à le précéder de l'autre côté, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoie la foule. Il leur dit adieu, et s'en va sur la montagne prier. 

Le soir venu, la barque est au milieu de la mer, et lui, seul, sur la terre. Il les voit se tourmenter à ramer, car le vent leur était contraire. Vers la quatrième veille de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer : il veut les dépasser. Eux, le voyant marcher sur la mer, croient que c'est un fantôme, et ils vocifèrent. Car tous le voient et ils se troublent. Lui aussitôt leur parle et leur dit : « Confiance : Je suis. Ne craignez pas. » 

Il monte auprès d'eux dans la barque. Le vent tombe. À l'extrême, outre mesure, en eux-mêmes, ils sont stupéfiés. Car ils n'ont pas compris pour les pains, mais leur cœur est endurci. 

 

 

Le lavement des pieds, par He-Qi

 

 

voir aussi : Ça rame !, Obscurités, Esprit

Il 'oblige' les disciples : il est rare que Jésus oblige qui que ce soit à quoi que ce soit ! On peut chercher dans les évangiles, Jésus propose, suggère, met en garde, mais n'oblige jamais. C'est d'ailleurs le seul emploi du verbe ἀναγκάζω (anagkazó) dans les évangiles, ici et dans la version parallèle de Matthieu, et dans tous ses usages dans le 'nouveau' testament, il exprime toujours cette notion de contraindre, de forcer, quelqu'un. Il faut en tenir compte, les disciples n'avaient aucune envie de partir, c'est contre leur volonté qu'ils se sont embarqués, Jésus s'est débarrassé d'eux.

Un prétexte nous est proposé pour ce comportement de Jésus : pendant que les disciples seraient occupés à regagner l'autre bord du lac, il aurait ainsi le temps de renvoyer la foule. On imagine effectivement que ce ne devait pas être une mince affaire que de convaincre ces cinq mille hommes que la fête était finie, que ce n'était pas la peine qu'ils restent là, qu'il n'y aurait plus de pain "tombé du ciel" ! Mais on voit bien que ce n'est qu'un prétexte, puisqu'en fait Jésus se contente de dire au revoir et s'en va, seul, de son côté, dans la montagne. La foule, en réalité, se retrouve livrée à elle-même. Alors pourquoi n'a-t-il pas procédé de même avec les disciples, pourquoi ne s'est-il pas contenté de les laisser sur place, comme la foule ? C'est d'ailleurs ce que Jean propose, dans sa version de l'histoire : chez lui, pas d'embarquement contraint et forcé des disciples, Jésus se contente de partir, seul (Jean le souligne fortement) dans la montagne, et ce sont les disciples qui, le soir venu, ne le voyant pas revenir, décident de repartir.

On peut préférer la version de Jean, mais elle n'est pas vraiment plus satisfaisante, en fait. Voilà des hommes qui ne quittent pas Jésus d'une semelle depuis plusieurs mois et qui, parce que la nuit tombe, choisissent de le laisser lui aussi tomber, plutôt que de se mettre à sa recherche ? On se souvient de cette autre fois où Jésus était aussi parti prier sans rien dire, après la nuit à Capharnaüm, et là ils s'étaient bien mis à battre la campagne pour le retrouver ! Alors que nous reste-t-il comme solution ? que Jésus a fait exprès de forcer les disciples à partir, parce qu'il avait déjà planifié d'aller les rejoindre en hovercraft ? déjà que ces "miracles sur la nature" (par opposition aux 'simples' guérisons et exorcismes) ne sont pas très crédibles, du fait qu'ils ne répondent pas à un besoin existentiel de leurs bénéficiaires... Car, franchement, cette histoire de marcher sur les eaux a tout à voir avec un spectacle de bateleur, et rien avec la manifestation de la miséricorde de Dieu, alors qu'en plus Jésus l'ai fait exprès : dans quel but ?

On en arrive alors à la seule explication possible de toute cette histoire : il y a eu ce jour-là rupture entre Jésus et les disciples, et à l'initiative de Jésus. Les disciples n'étaient pas innocents dans la tournure politique du rassemblement (voir hier), et Jésus a eu besoin de prendre ses distances vis-à-vis d'eux. Qu'il les ait contraints à s'embarquer, ou qu'il se soit simplement éclipsé sans qu'ils ne se rendent compte de rien, tout occupés qu'ils étaient à savourer la réussite de leur opération, importe peu. Et l'histoire de Jésus qui rattrape la barque où ils s'échinent contre les éléments qui leurs sont adverses, est à lire purement comme un symbole : sans lui à leurs côtés, les disciples tournent en rond, pédalent dans la semoule, sont perdus. L'histoire nous dit donc, qu'après son temps de ressourcement, de remise en cause, de réflexion, Jésus a pris la décision de reprendre contact avec ces hommes qui l'avaient pourtant profondément déçu. Eux n'ont vu que ça, il était revenu, et ne se sont guère posé plus de questions sur leurs attitudes. Pour lui, c'était tout autre chose, c'était la première marche qui le mènerait jusqu'à Jérusalem, dans les conditions qu'on sait.

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