Partage d'évangile quotidien
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Jamais contents !

Ven. 13 Décembre 2013

Matthieu 11, 16-19 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« A qui assimiler cet âge ? Il est semblable à des gamins assis sur les places publiques. Ils interpellent les autres.  Ils disent : “Nous avons joué de la flûte pour vous, et vous n'avez pas dansé ! Nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés !” 

« Eh oui ! Viens Jean sans manger ni boire. Et ils disent : “Il a un démon !” Vient le fils de l'homme, il mange et boit. Et ils disent : “Voici un homme glouton et buveur de vin, ami des taxateurs et des pécheurs !” Mais la Sagesse a été justifiée par ses œuvres. » 

 

 

Ruth et Noémie, par He-Qi

 

 

voir aussi : Jésus qui rit et Jean qui pleure, Caprices de l'amour, Aliénation, Sales mioches

C'est vrai, quand on y réfléchit, qu'il y a un monde entre les styles de Jésus et de Jean, au-delà de points communs très forts aussi. Il faut bien prendre en compte ce qui les rapproche pour mieux comprendre ce qui les sépare.  Jean est un prêtre, ou du moins aurait dû le devenir, mais il a rejeté le système cultuel du Temple. Ce système, théoriquement le seul à même de remettre les péchés des fils d'Israël, Jean l'a court-circuité en proposant son baptême à la place. Avec Jean, plus besoin de passer sous les fourches caudines des grandes familles sadducéennes, qui ont détourné l'institution en source de pouvoir et de profits, comme nous l'avions déjà vu lundi. Mais Jean ne s'est pas contenté de dénoncer ces abus, sa réflexion l'a mené beaucoup plus loin. Si un système peut être dévoyé à ce point, c'est que ce système est mauvais en soi ! c'est le fait même qu'on puisse se débarrasser à si bon compte de sa culpabilité, extérieurement, sans y prendre part consciemment, qui lui est apparu comme foncièrement inepte. Aussi, son baptême "pour le pardon des péchés", nous est-il bien précisé, était un baptême "de conversion". Voilà sur quoi Jean et Jésus se rejoignaient très fortement, sur la nécessité de cette intériorisation de la démarche religieuse.

Un autre point qui les rapproche, c'est le Royaume. Tous deux en font un élément central de leur prédication, mais avec une petite différence qui explique à elle seule le grand écart entre leurs styles : pour Jean, le Royaume est proche, alors que pour Jésus, le Royaume est là ! C'est parce que Jean pensait le Royaume comme futur qu'il ne pouvait insister que sur la préparation à cet événement. On sait que ça va venir, mais on ne sait pas ce que ça sera, et on ne peut alors que se dépouiller, se mettre à nu, de crainte que ce ne soit justement ce à quoi on n'avait pas voulu renoncer qui nous fera rejeter le moment venu. Cette phase, j'en ai souvent parlé sur ce blog, est une étape nécessaire. Il ne s'agit pas de se mortifier, le masochisme n'a pas sa place ici, non, mais de se dessaisir, de lâcher prise, se purifier, s'unifier. Et ce ne sont pas les aspects matériels qui sont premiers, même s'ils en sont une conséquence : c'est surtout et d'abord psychologiquement, intellectuellement, sentimentalement même, qu'on doit se diriger vers l'abandon. Tout ceci, donc, est un passage obligé, une étape obligatoire, et c'est celle à laquelle en est resté Jean, alors que Jésus, pour sa part, l'a dépassée.

Jésus est allé au bout du renoncement, et au-delà. C'est ce qu'il a vécu, mais je ne parle pas ici de sa mort, de sa fin tragique sur la croix. Je parle de ses débuts, de ce qu'il a vécu lorsqu'il était disciple de Jean, ce qui lui a fait découvrir le Père, ce qui lui permettait de parler du Royaume comme déjà là, puisque c'était ce qu'il vivait. Toute la différence entre Jésus et Jean est là : l'un parle d'un Royaume à venir, et se représente encore Dieu comme un être radicalement extérieur à lui, tandis que l'autre a découvert le Père en lui, et en conséquence vit déjà dans ce Royaume. Bien sûr, rencontrer le Père, entrer dans le Royaume, ne signifie pas qu'on en devient immédiatement un citoyen à part entière. L'éveil n'est pas la fin du chemin ! mais plutôt seulement le tout premier pas dans un monde entièrement nouveau. Mais c'est déjà le monde nouveau, celui dont il a pu témoigner et nous inviter à l'y rejoindre. Que cela l'ait ensuite amené à accepter cet autre dépouillement, celui de sa vie physiologique, sous la forme que nous savons, est une autre question, importante aussi, mais pas l'essentiel, pas ce qui est premier dans son héritage. Ne brûlons pas les étapes !

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