Repos éternel
« Venez à moi vous tous qui peinez, qui êtes chargés, et moi, je vous reposerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cœur. Et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est bienfaisant, et ma charge, légère. »
voir aussi : Trop facile, Solution de facilité, Aime, et fais ce que tu veux, Union libre, Vie facile, Remise de peine, Offre alléchante, A qui irons-nous ?
Ce texte est un message publicitaire, c'est une opération de marketing pour que des personnes qui cherchent un maître choisissent Jésus plutôt qu'un autre rabbi. Le mot utilisé, 'joug', est un terme précis et technique de l'époque pour décrire ce choix, libre, d'une personne de suivre un maître : on disait que le disciple prenait le joug de ce maître. Nous sommes donc dans le slogan qui cherche à ratisser large : avec moi, vous n'aurez pas des centaines de préceptes à apprendre par cœur et observer. Et c'est vrai que Jésus a opéré une simplification à l'extrême de la Loi, que Saint Augustin résumera en "Aime, et fais ce que tu veux" ! Mais il serait un peu trompeur (c'est le propre de toute publicité, n'est-ce pas ?) de s'arrêter à ce seul aspect extérieur de la question.
Car si, en apparence, il est effectivement plus simple d'oublier les plus de six cent commandements recensés dans la Loi, plus les innombrables autres issus de la tradition – du genre de la distance maximale qu'on peut parcourir un jour de sabbat, etc..., etc... – au profit du seul "aime ton prochain comme toi-même", la mise en pratique, elle, peut nous plonger dans des abîmes de cas de conscience... C'est qu'on quitte un système où la norme est extérieure à nous, et où donc son application peut être machinale, à un mode de vie où nous devons prendre des responsabilités et des décisions, engager notre liberté, sans garantie de faire les bons choix ! Dans le fond, alors, est-on tenté de se dire, c'est le système législatif, malgré toute sa complexité, qui était une solution de facilité... et nous voyons ici la position de tous les 'conservateurs' pour ne pas dire intégristes, de tous ceux qui pensent le christianisme comme un système de dogmes et de règles morales, et non comme une histoire d'amitié personnelle avec un homme, Jésus, et surtout, comme lui, avec celui qu'il nous a appris à nommer le Père.
Car c'est ainsi, seulement, que le 'joug' de Jésus est effectivement léger et peut reposer nos âmes, lorsque ce n'est plus seulement nous, mais plutôt Dieu en nous, qui agit par nous. C'est ainsi seulement qu'il a pu vivre la vie que nous savons, c'est ainsi seulement que nous pouvons nous dire ses disciples si, comme lui, nous entrons dans l'écoute du Dieu qui nous habite. Ce chemin n'a pas à nous mener à la fin tragique qu'il a connue, suivre Jésus n'est pas apprendre à se sacrifier pour la beauté du sacrifice ! la vie dans le Royaume est le contraire d'un calvaire. Oui, il nous faut pour cela mourir à quelque chose, qui peut nous sembler très important, auquel nous ne croyons pas pouvoir survivre, mais ceci n'est qu'illusion, ou vanité comme dit l'Ecclésiaste. Oui, il nous faut ici apprendre à nous comporter comme des nouveaux-nés, apprendre à faire confiance, à nous en remettre à quelque chose qui nous dépasse, sur lequel nous n'avons pas de prise, pour découvrir ensuite qu'elle est en réalité notre vraie nature, profonde, et nous ne le savions pas ! Puisse ce noël qui approche nous faire grandir dans cette réalité.


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