Du pain pour tous
S'éloignant de là, Jésus vient au bord de la mer de Galilée. Il monte sur la montagne. Il s'assoit, là. Des foules nombreuses s'approchent de lui, ayant avec elles : boiteux, aveugles, estropiés, muets, et beaucoup d'autres. Ils les flanquent à ses pieds. Il les guérit, si bien que les foules s'étonnent en regardant des muets qui parlent, des estropiés rétablis, des boiteux qui marchent, des aveugles qui regardent. Ils glorifient le Dieu d'Israël.
Jésus appelle à lui ses disciples et dit : « Je suis remué jusqu'aux entrailles pour la foule : déjà trois jours qu'ils restent auprès de moi, et ils n'ont pas de quoi manger ! Les renvoyer à jeun, je ne veux pas, de peur qu'ils défaillent en chemin. » Les disciples lui disent : « Comment, dans un désert, aurions-nous tant de pains pour rassasier tant de foule ? » Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous ? » Ils disent : « Sept. Et un peu de petits poissons. »
Il enjoint à la foule de s'allonger sur la terre. Il prend les sept pains et les poissons. Il rend grâce, partage, et donne aux disciples, et les disciples, aux foules. Ils mangent tous et se rassasient, et des parts en surplus ils enlèvent sept paniers pleins !
voir aussi : Santé et satiété, Pour la route, Dieu pourvoit, Foules affamées
Dans ce premier temps de l'Avent, les passages des évangiles retenus pas la liturgie catholique cherchent à montrer que Jésus réalise les promesses de la première alliance. C'était le thème particulièrement, mais globalement, du passage d'hier. Aujourd'hui, nous ne pouvons lire la "multiplication des pains" qu'en référence à la manne qui a nourri les hébreux pendant leur longue errance qu'on appelle l'Exode. Nous sommes dans le même lieu : le désert, comme le soulignent les disciples. La manne n'était pas à proprement parler du pain, mais considérée comme un équivalent, destinée à le remplacer, de toute façon une nourriture vraiment basique, comme lui. Parfois la manne se trouva agrémentée de quelques volatiles; des cailles, comme ici de quelques poissons. Dans les deux cas, encore, il s'agissait de nourrir une foule. La manne ne pouvait donner lieu à thésaurisation, elle ne se conservait pas d'un jour sur l'autre, sauf les veilles de sabbat, où il était permis d'en ramasser pour deux jours. Tel est peut-être le sens des sept paniers de surplus, ramassés après que tous aient mangé à leur faim.
Maintenant, évidemment, se pose la question de l'authenticité de cet épisode. Outre les similitudes avec la manne, qui ne peuvent que faire soupçonner une volonté théologique pour ne pas dire idéologique, on note encore ce nombre de sept, qui revient à deux reprises (sept pains et sept corbeilles), ce qui indique qu'il a un sens symbolique. Ajoutons encore que ce 'signe' ne vient pas vraiment en réponse à un besoin crucial, comme les guérisons ou exorcismes, et ne répond pas non plus à une demande de la foi des bénéficiaires. Ce sont beaucoup d'indices qui ne pèsent pas en sa faveur. De l'autre côté, il n'y a guère que le fait que cet épisode est rapporté par les quatre évangélistes qui nous oblige à approfondir la question. C'est un facteur qui est généralement considéré comme important, mais les choses ne sont pas si simples non plus, car cela signifie surtout que ce récit a très tôt été considéré comme important, et ce par toutes les tendances qui s'expriment dans les différents évangiles. Autrement dit, qu'il n'a été retenu que pour le sens qu'il donne à la prédication des premiers chrétiens sur Jésus, et que nous avons très bien vu : oui, ça parle, surtout à des juifs, d'ailleurs, mais après ça ?
Alors on n'ose quand même pas imaginer une histoire entièrement inventée, et chacun y va de son explication : des provisions que la plupart des personnes présentes gardaient cachées sur elles de peur d'avoir à les partager, et que, par un effet d'entraînement dont sont coutumières les foules, sans doute suite aussi à la parole libératrice de Jésus, tous se seraient mis à sortir de sous leurs vêtements, dans une belle allégorie du repas fraternel dans le Royaume, une belle préfiguration de l'eucharistie, aussi. Pourquoi pas ? En ce temps où nous nous préparons à la naissance de Jésus, c'est en tout cas un bon exemple à méditer.


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