L'union fait la force
« Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain.
« Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Encore une fois, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux. »
voir aussi : Union sacrée, Modèle communautaire
Certains juifs pensent encore de nos jours que les cinq premiers livres de la bible ont été écrits par Moïse. Pour les évangiles, personne n'a jamais prétendu qu'ils aient été rédigés par Jésus. Mais certains ont tendance à se comporter comme si c'était pourtant le cas, comme si la personnalité des rédacteurs, leur contexte culturel et cultuel, n'avait pas eu d'influence sur leurs écrits. Pour ceux-là, chaque mot devient "parole d'évangile", et qui plus est, la signification à donner à chaque mot, élaborée au cours des siècles, devient aussi "parole d'évangile". Telle n'est pas personnellement mon approche. Pour ma part, je considère que les évangiles, comme tout écrit, comme tout mode d'expression, nous parlent autant de leur auteur que de leur sujet. Les évangiles nous parlent de la compréhension qu'ont eue leurs auteurs de cet homme, né il y a deux millénaires, Jésus.
Comme la rédaction des évangiles s'est étalée sur une période qui dure jusqu'environ quatre vingt ans après la mort de Jésus, ils reflètent nécessairement l'évolution de cette compréhension sur cette période. Le passage d'aujourd'hui en est un très bon exemple. Il suffit de le reprendre de la fin vers le début pour s'en rendre compte. "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom" : c'est l'expérience initiale qu'ils font de la présence de Jésus, toujours vivant, au-delà de sa mort, particulièrement quand ils la partagent à plusieurs. Puis si ces deux ou trois "se mettent d'accord pour demander quelque chose", c'est la suite de l'expérience, cette présence du ressuscité leur donne une telle dynamique qu'ils se mettent à entreprendre des actions qu'ils n'auraient même pas imaginées sans ça. Et enfin, "tout ce que vous aurez lié, tout ce que vous aurez délié" : ce qui est en train de se construire a une telle puissance qu'ils peuvent conclure qu'elle leur vient du ciel, ce qui leur permet de définir, au bout du compte, la ligne de partage entre le bien et le mal. Le bien, c'est ce qui est en train de se réaliser par leur intermédiaire, le mal, c'est ce qui résiste, ce qui ne s'intègre pas, à leur aventure.
Dire que les évangiles nous transmettent, non pas Jésus tel qu'en lui-même, dans une sorte de vide absolu, mais Jésus tel que l'ont compris ses amis, ne signifie pas que cette compréhension soit erronée. C'est de toute façon la seule que nous ayons à notre disposition. Mais c'est ce Jésus même, tel qu'ils nous le transmettent, qui nous demande expressément de ne pas nous contenter de suivre mécaniquement ce que disent les autres. C'est lui qui nous dit : "et toi, qui dis-tu que je suis ?" Ces mêmes évangiles nous le montrent suffisamment méfiant des institutions et de tout système de pensée, de toute idéologie, de toute théologie, même. Sans cesse, sans relâche, de tous les moyens possibles et imaginables, il invite les hommes à entrer dans une relation personnelle avec leur Père.
Si les sacrés cœurs de Marie et de Jésus nous parlent, fort bien, suivons la spiritualité des sacrés cœurs de Marie et de Jésus. Si la Trinité nous parle, fort bien, prions la Trinité. Si nous sommes du Renouveau charismatique, laissons-nous mener par le Saint-Esprit. Si nous sommes de la Réforme, attachons-nous à la Parole. Tout ceci est excellent s'il nous permet d'approfondir notre relation au Père, en fidélité à l'homme, Jésus, l'homme qui fut, est, et sera, toujours, fidèle à tous les hommes. Mais s'imaginer que les plus de quatre vingt dix pour cent de nos contemporains qui n'ont strictement rien à faire ni des sacrés cœurs, ni de la trinité, ni de l'esprit saint, ni de la parole, ni de rien de tout ça, et qui pourtant sont sensibles à l'homme Jésus, s'imaginer que tout ce peuple, que du haut de nos tours d'ivoire nous qualifions d'incroyant, n'a rien à nous apprendre ?


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