Un prêté pour un rendu
« Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre.
« Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter. »
voir aussi : Donner et par-donner
Exit Jean, nous retrouvons Matthieu. Je me rends compte qu'à suivre ainsi un seul évangéliste pendant plusieurs semaines a tendance à faire trébucher, à faire ressortir ses spécificités comme des défauts. Et je râle, je râle, mais finalement, comme le fils qui d'abord dit à son père qu'il n'ira pas mais qui en fait y va, il y a quand même quelque chose qu'ils me laissent à chaque fois, ma tendresse pour eux s'approfondit de quelque nouvelle connivence.
Exit donc Jean l'introverti averti, et revoici Matthieu le moraliste. À notre époque, la morale n'a pas très bonne presse. Chacun veut pouvoir être libre d'accomplir son désir, et ce n'est pas une demande répréhensible. En sorte que Matthieu qui a longtemps été classé premier au hit-parade, jusque vers le milieu du vingtième siècle, s'est maintenant fait dépasser par Marc, et surtout Luc.
Difficile effectivement d'entendre une parole comme celle d'aujourd'hui : tendre l'autre joue. Naturellement, les réponses que nous avons à la situation seraient plutôt soit de fuir, nous soustraire à l'emprise de plus fort que nous, bref sauver notre peau, soit de réagir, riposter, avec un degré de violence un peu supérieur, histoire de lui faire comprendre, à cet autre-là, qu'il ferait mieux de s'en arrêter là. Aucune des deux attitudes, évidemment, ne réponds à la question : pourquoi cette violence s'est-elle manifestée ?
C'est tout ce que vise cette autre joue tendue. Vouloir entrer en dialogue. Fuir comme répliquer sont deux façons d'ignorer l'autre, de refuser de le prendre en compte comme une personne, de le réduire à une action mécanique. Il est vrai que c'est ce qu'il a fait en premier, avec son geste de violence, il nous a pris pour un défouloir. Bon, ben voilà, pas facile effectivement. Mais reconnaissons au moins qu'il n'y a pas d'autre voie. Que nous essaierons, juste essayer, d'emprunter.


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