Partage d'évangile quotidien
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Les loups et l'agneau

Mer. 24 Juin 2015

Matthieu 7, 15-20 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Défiez-vous des faux prophètes : ils viennent vers vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups rapaces. 

« C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Est-ce qu'on ramasse sur des épines des raisins ? Ou sur des ronces, des figues ? Ainsi, tout arbre bon fait de beaux fruits, mais un arbre pourri fait de mauvais fruits. Ne peut un arbre bon faire de mauvais fruits, ni un arbre pourri faire de beaux fruits. 

« Tout arbre qui ne fait pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. 

« Ainsi, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Anarchie, L'arbre émissaire, Le fruit du muflier ?, Gare au garou !, Fruits déguisés

Changement de perspectives ! Le temps d'une petite incise, et alors que nous entrons maintenant dans ses conclusions, le sermon nous gratifie de cet avertissement sur les "faux prophètes" et les moyens de discerner à leur sujet. Il y a là une vraie rupture : tout le sermon n'a consisté qu'en conseils pour mener sa vie, dans tout le sermon nous étions en relation directe avec un seul enseignant, Jésus, et voici qu'est évoqué un tout autre contexte, où il y aurait des leaders divers et variés, se disputant le pouvoir sur les foules. C'est ce qui s'est effectivement passé dans les premiers temps, assez vite se sont constitués de nombreux courants et écoles de pensées, d'interprétation, dont les quatre évangiles peuvent nous donner une petite idée. Le mythe d'une Église monolithique remontant à Jésus lui-même, est un mythe. Il n'y a pas eu un tronc unique, un seul arbre qui n'aurait commencé à se ramifier qu'à partir du schisme entre catholiques et orthodoxes, mais il y a plutôt eu un bosquet d'arbrisseaux, qui se sont lancés dans une lutte pour la survie du seul qui resterait le plus fort. C'est ce dont nous parlent ces "faux prophètes".

Cet aspect de luttes entre les différents courants a été gommé, autant que possible, dans les différents écrits qui nous ont été transmis, mais on peut en repérer encore des traces, particulièrement entre le pagano-christianisme (Luc) et le judéo-christianisme, mais aussi entre le judéo-christianisme galiléen (Matthieu) et le judéo-christianisme judéen (Jean). Ceci dit, il est certain qu'il y avait aussi de vrais timbrés, qui pouvaient se réclamer "de Jésus", ou de simples escrocs, et toute la gamme possible entre les deux, comme cela existe encore de nos jours ! et, ce n'est pas pour dire que le courant unique qui a fini par émerger, par ralliement plus ou moins forcé et successif des judéo-chrétiens (d'abord les galiléens, puis les judéens) au pagano-christianisme, soit exempt de toute ambiguïté ; c'est juste que c'est ce courant-là qui s'est avéré le plus fort et le plus apte à survivre durablement. C'est d'ailleurs lui qui s'est employé à effacer les traces des autres courants (et à combattre les dits courants encore susceptibles de lui faire concurrence), pour construire le mythe d'une Église fondée sur et instituée directement par Jésus, le mythe de la succession apostolique et de Pierre dans le rôle du premier pape, le mythe d'une Église directement sortie comme un tronc unique du terreau du ministère de Jésus.

Pour en revenir à notre mise en garde contre les faux prophètes, force est de constater qu'elle détonne, donc, placée ici, à la fin d'un sermon qui, jusque là, s'était contenté de nous transmettre l'enseignement de Jésus, sans laisser entendre que cet enseignement pourrait donner lieu à différentes façons de le comprendre, et de nombreuses querelles de chiffonniers, avec souvent, en arrière-plan, des questions de pouvoir, bien éloignées de — pour ne pas dire carrément en contradiction avec —,  cet enseignement lui-même... On comprend Matthieu, il est en train d'aborder la conclusion du sermon, où il va nous donner des recommandations pratiques pour que tous ces enseignements que nous avons reçus ne restent pas lettre morte, et en premier il suggère de bien choisir à quelle école se rattacher (étant sous-entendu que lui, Matthieu, est forcément une de ces bonnes écoles, sinon la seule...). Mais on pourrait se demander déjà : souhaitons-nous nous rattacher à celui qui est derrière ces différents enseignements transmis par différentes écoles ? souhaitons-nous nous rattacher à Jésus ? Jésus est-il, pour nous, un "bon" prophète ? À chacun alors de juger si les fruits de Jésus ont été bons ou non, particulièrement : si sa vie a montré que ce qu'il disait valait la peine, ou non, d'être vécu.

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