Histoires de femmes
Tandis que Jésus leur parlait ainsi, voilà qu'un chef s'approcha ; il se prosternait devant lui en disant : « Ma fille est morte à l'instant ; mais viens lui imposer la main, et elle vivra. » Jésus se leva et se mit à le suivre, ainsi que ses disciples.
Et voilà qu'une femme souffrant d'hémorragies depuis douze ans s'approcha par derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle se disait en elle-même : « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » Jésus se retourna, la vit et lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t'a sauvée. » Et la femme fut sauvée à l'heure même.
Jésus, arrivé à la maison du chef, dit, en voyant les joueurs de flûte et l'agitation de la foule : « Retirez-vous. La jeune fille n'est pas morte : elle dort. »
Mais on se moquait de lui. Quand il eut mis la foule dehors, il entra et saisit la main de la jeune fille, qui se leva. Et la nouvelle se répandit dans tout ce pays.
Toujours cette impression curieuse que donne Matthieu avec son style télégraphiste. Jaïre, le chef de la synagogue devient juste 'un chef', et pour éviter des péripéties que Matthieu juge inutiles, il vient s'adresser à Jésus alors que sa fille est déjà morte. Chez Marc et Luc, la petite fille est seulement mourante, et c'est à cause du contretemps de la femme souffrant d'hémorragies, que Jésus arrive 'trop tard'. Chez Matthieu, les deux guérisons n'ont plus aucun rapport signifiant entre elles, ce sont deux événements juxtaposés par pure coïncidence.
Une autre conséquence, c'est que la foi de ce chef semble extraordinaire. C'est le seul exemple dans tous les évangiles d'un homme qui croit que Jésus est capable de faire revivre quelqu'un qui est mort. Même Marie de Béthanie, dans Jean, n'imagine pas que Jésus puisse le faire pour son frère Lazarre. C'est d'autant plus étrange que Matthieu n'est pas encore très avancé dans son récit, la réputation de Jésus n'a pas encore atteint ses capacités maximales. C'est sans doute pour corriger cette maladresse qu'il a précisé ce "à l'instant" concernant le moment du décès.
Quant-à la femme souffrant d'hémorragies, comme Matthieu n'a pas besoin de s'en servir pour faire perdre du temps à Jésus, elle est tout de suite identifiée comme celle qui a osé toucher son manteau. Comme Matthieu ne parle pas non plus de foule qui accompagnerait les protagonistes, c'était pas trop difficile. Mais on perd aussi la profondeur du courage qu'il a fallu à cette femme pour oser ce geste, qui était bien signifiée par sa tentatve de rester cachée quand Jésus voulait savoir qui l'avait fait.
Au total, je trouve ce passage très plat. Parfois, la sécheresse de Matthieu permet de faire ressortir des aspects inédits par rapport aux versions des deux autres, mais ici, je sèche ...


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