Tout ce qui est à moi est à toi
Cette histoire pourrait commencer, comme souvent dans ce livre, par : il y avait un homme qui était riche... On pourrait même dire, ici, qu'il était très riche, immensément riche, voire excessivement riche. Il a, en effet, et serviteurs, à son service, et de nombreux salariés, du travail desquels il tire évidemment profit. Un gros salaud de capitaliste, en somme. Et puis, il a aussi deux fils.
Quand le plus jeune vient exiger d'avoir sa part d'héritage, tout de suite, de son vivant, c'est comme un coup de poignard, pour lui. Avait-il compris ça, que ses enfants pouvaient se ressentir comme prisonniers de lui ? ressentir le besoin de voler de leurs propres ailes ? de montrer ce dont ils étaient capables par eux-mêmes ? sans qu'il soit toujours là pour prendre toutes les décisions, tout seul ?
Cet homme aime quand même ses fils (peut-être le découvre-t-il ?), alors il fait comme lui demande le cadet, il partage ses biens, et donne à chacun des deux sa moitié. Chacun possède alors sa part, le plus jeune sans doute en espèces, l'autre devenant propriétaire du reste : bâtiments, terres, troupeaux... Quant à lui, il s'en remet maintenant au bon vouloir de l'aîné, ou à la divine providence.
L'aîné avait-il compris qu'il était désormais propriétaire, à cause ou grâce à son frère ? on peut en douter... visiblement, il considère toujours son père comme au-dessus de lui, celui qui décide de tout pour lui, s'il a droit ou non à un chevreau, s'il est judicieux ou non de tuer le veau gras... alors le père doit le lui dire en toutes lettres : tout ce qui est à moi est à toi ! Je n'ai rien gardé pour moi seul, tu as TOUT ! moi compris.
Mais m'aimes-tu ? car, si tu m'aimes vraiment, comment pourrais-tu ne pas te réjouir avec moi de ce que ton frère n'est plus mort ?
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Ils s'approchaient de lui,
tous les taxateurs et les pécheurs pour l'entendre.
Les pharisiens aussi bien que les scribes murmuraient
en disant :
« Celui-là accueille des pécheurs et mange avec eux. »
Il leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune des deux dit au père :
"Père, donne-moi la part de patrimoine qui me revient."
Il leur distribue le bien.
Après pas beaucoup de jours,
le plus jeune fils rassemble tout
et part vers un pays lointain.
Et là, il disperse son patrimoine
en vivant dans la prodigalité.
Quand il a tout dépensé,
survient une forte famine sur ce pays-là.
Et lui, commence à manquer.
Il va s'attacher à l'un des citoyens de ce pays-là
qui l'expédie dans ses champs paître des cochons.
Il désirait remplir son ventre des caroubes
que mangeaient les cochons
et personne ne lui donnait.
Il rentre en lui-même et dit :
"Tant de salariés de mon père
ont des pains en surplus,
et moi, ici, de famine je suis perdu !
Je me lève et j'irai vers mon père
et je lui dirai :
"Père, j'ai péché envers le ciel et à ta face.
Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils.
Traite-moi comme un de tes salariés."
Il se lève et vient vers son père.
Il est encore éloigné, à grande distance,
son père le voit :
il est remué jusqu'aux entrailles.
Il court se jeter à son cou,
et le baise longuement.
Le fils lui dit :
"Père, j'ai péché envers le ciel et à ta face.
Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils..."
Le père dit à ses serviteurs :
"Vite, apportez une robe longue, la plus belle,
et vêtez-le !
Donnez un anneau à sa main
et des chaussures aux pieds.
Apportez le veau gras,
sacrifiez-le, mangeons et festoyons :
mon fils que voilà
était mort et il revit,
il était perdu et il est trouvé !"
Ils commencent à festoyer.
Son fils, l'aîné, était au champ ;
et comme, en revenant, il approche de la maison,
il entend symphonie et chœurs.
Il appelle à lui un des garçons et s'enquiert :
"Qu'est-ce que ça peut être ?"
Il lui dit : "Ton frère est venu.
Ton père a sacrifié le veau gras,
parce qu'il l'a recouvré en bonne santé."
Il se met en colère et ne veut pas entrer.
Son père sort et le supplie.
Il répond et dit à son père :
"Voilà tant d'années que je te sers,
et jamais
je ne suis passé à côté d'un commandement de toi,
et à moi, jamais
tu n'as donné un chevreau pour qu'avec mes amis je festoie !
Et ton fils que voilà,
qui a dévoré ton bien avec des prostituées,
quand il revient, tu sacrifies pour lui le veau gras !"
Il lui dit :
"Enfant, toi, tu es toujours avec moi,
et tout mon bien est à toi.
Mais il fallait festoyer et se réjouir
parce que ton frère que voilà
était mort, et il vit,
perdu, et il est trouvé !" »
(Luc 15, 1-3.11-32)

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