Partage d'évangile quotidien
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La toute première fois

Ven. 30 Juin 2023

"Si tu veux, tu peux..." : cette parole est surprenante. Dans quelques temps (Marc 9, 14-27), en redescendant d'une autre montagne — celle où il est apparu tout resplendissant de lumière à Pierre, Jacques et Jean —, Jésus sera aussi sollicité pour une guérison, mais cette fois-là, le solliciteur lui dira : "si tu le peux, secours-nous". Ce solliciteur-là sera dans le doute sur les capacités de Jésus. Jésus lui fera alors remarquer que, s'il doute, il n'y aura pas de guérison possible, et l'homme s'écrira alors : "Je crois, secours mon manque de foi", ce qui revient à demander comme premier miracle qu'il lui donne cette foi nécessaire pour le second miracle, la guérison.

Aujourd'hui, nous sommes donc aux antipodes : c'est le demandeur qui croit et qui invite Jésus à y croire lui aussi ! Si tu veux, tu peux...

Ce miracle est rapporté par les trois synoptiques. Ici, chez Matthieu, c'est le tout premier miracle raconté au cours de cet évangile. Chez Marc (1, 40-45) et Luc (5, 12-16), il vient à la suite de ce qu'on appelle parfois la "journée inaugurale" de Capharnaüm, au cours de laquelle Jésus guérit d'abord le matin un possédé dans la synagogue lors de l'assemblée du shabbat, puis le midi la belle-mère de Pierre chez qui il prend son repas, puis le soir, après la fin du shabbat, tous les malades de Capharnaüm et des environs. La quasi totalité des exégètes admettent qu'il s'agit là d'une sorte de manifeste, une journée programmatique, une construction littéraire, donc. Puis vient cette guérison de ce lépreux.

Les trois récits sont très proches, il n'y a aucun doute qu'ils proviennent tous trois de la même source. Chez les trois, on retrouve textuellement cette même formule : "si tu veux, tu peux me purifier". Marc a de plus cette remarquable notation : en constatant que l'homme a effectivement été guéri, Jésus est "hors de lui" à cause de ce lépreux, qu'il "jette dehors". On n'est pas habitué à des manifestations aussi vives de la part de Jésus, si ce n'est parfois à l'égard de ses adversaires, ce que n'était clairement pas cet homme ! Embarrassées, beaucoup de traductions s'efforcent d'édulcorer cette réaction de leur héros...

Cette situation, d'un homme qui vient apprendre à Jésus qu'il doit avoir la capacité de faire des miracles, fait penser à cet autre épisode (Matthieu 15, 21-28 ; Marc 7, 24-30), où c'est une femme païenne qui vient apprendre à Jésus qu'il peut faire des miracles aussi pour eux, les païens !

Les évangiles ont été rédigés par des hommes qui avaient clairement un message à faire passer, qui voulaient promouvoir leur champion, faire sa pub, et leur présentation, d'une manière générale, s'efforcera de montrer de lui une image idéale en accord avec ce but. Quand on fait attention ainsi à de tels passages que celui-ci, on ne peut alors que les considérer comme très fortement assurés, historiquement parlant : on n'imagine pas les premiers chrétiens aller inventer que Jésus n'avait d'abord pas pensé que des miracles pouvaient se produire par son intermédiaire ! Si, à l'époque où les évangiles ont été rédigés, il n'était sans doute pas encore question d'affirmer que Jésus était Dieu, il était en tout cas au moins question d'affirmer qu'il était le Messie, et il n'était pas pensable de parler d'un Messie venu sur terre sans savoir ce qu'il avait à faire, et ce dont il était capable pour mener à bien sa mission...

 

 

Il descend de la montagne,
    le suivaient des foules nombreuses,
et voici, un lépreux s'approche,
    se prosterne devant lui, dit :
« Seigneur, si tu veux,
tu peux me purifier. »

    Et il tend la main, le touche, dit :
« Je veux :
sois purifié ! »
    et aussitôt a été purifiée sa lèpre.

    Et Jésus lui dit :
« Vois : ne le dis à personne,
mais va, montre-toi au prêtre,
    et donne l'offrande
qu'a ordonnée Moïse
    comme témoignage pour eux. »

(Matthieu 8, 1-4)

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