Qu'est-ce qu'aimer ?
vouloir garder l'autre dans la dépendance, ou vouloir sa liberté ?
Après le lépreux qui a appris à Jésus que des miracles pouvaient se produire par son intermédiaire, Matthieu enchaîne sur le centurion qui lui apprend qu'il n'a même pas besoin d'être sur place, en présence du malade, ni même qu'il le connaisse, pour que la guérison se produise... En lisant ces faits uniquement sous cet angle, on pourrait comprendre que Jésus, en fait, n'avait jamais pensé à devenir un guérisseur, ce sont les circonstances qui ont fait que, progressivement, il a eu cette réputation (non usurpée, d'ailleurs), mais qui, peut-être, lui, l'embarrassait plus qu'autre chose.
Il y a en tout peu d'indices dans les évangiles qui fassent penser ainsi : d'abord, comme on l'a vu hier, la réaction de rejet du lépreux par Jésus une fois qu'il a eu été guéri. Ensuite, ce centurion qui l'amène à guérir à distance et, un peu similairement, la syro-phénicienne qui l'amène à guérir même des païens. Et puis il y a aussi sa réaction devant l'épileptique qu'on lui présente lorsqu'il redescend tout juste de la montagne où il est apparu transfiguré : "Ô âge sans foi et perverti, jusqu'à quand serai-je auprès de vous à vous supporter ?". Tout ceci semble indiquer que, non seulement Jésus n'était pas vraiment un fana de ces guérisons, mais même qu'il pouvait y rechigner franchement.
D'un autre côté, il est certain que la présentation générale qu'en font les évangiles est, à l'inverse, enthousiaste, à des degrés divers selon l'évangéliste, mais globalement indiquant, pour le moins, que ces événements doivent être mis dans la colonne "positif" du bilan de leur héros : au-delà des quelques petites notations qui nous permettent de mettre un peu en doute une vision aussi unilatérale, Jésus est montré plutôt comme décidant de son plein gré de procéder à ces guérisons, comme en étant même l'auteur. Et, à la suite des évangélistes, c'est aussi globalement ainsi qu'ont été compris les miracles de Jésus, comme des preuves qui devraient amener à la foi.
Mais de quelle foi parle-t-on alors ? Il vaudrait mieux ici parler de croyance. Non pas parce qu'il serait faux que des miracles puissent se produire, et il semble peu probable que Jésus ait usurpé cette réputation de guérisseur dont les évangiles se font l'écho. Mais parce que ce n'est pas ça, la foi, ce n'est pas d'espérer bénéficier d'avantages exceptionnels qui nous permettent d'échapper aux contingences matérielles qui nous accablent, souvent. De tels évènements se produisent, parfois, et ils sont alors effectivement proprement extraordinaires, mais d'un extraordinaire dont le caractère nous reste quand même intrinsèquement extérieur, en soi.
La vraie foi, à laquelle de tels évènements exceptionnels mènent rarement, parfois même pas ceux qui en ont été bénéficiaires, est toute intérieure. Elle est cette rencontre intime, au plus intime de soi-même, avec celui ou cela qui demeure pourtant aussi totalement au-delà de soi, à jamais insaisissable. Parce que, ce n'est que dans une telle rencontre que nous devenons semblables à lui, des vis-à-vis avec lesquels il peut parler en face-à-face, et non plus seulement des créatures qu'il écraserait de toute sa majesté, en les épatant notamment de ses prodiges, réels, mais qui, finalement, ne peuvent que nous infantiliser.
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Il entra dans Capharnaüm
et un chef de cent s'approcha de lui
et le supplia en disant :
« Seigneur, mon serviteur gît dans la maison,
paralysé, terriblement tourmenté. »
Il lui dit :
« Moi, je viens, et je le guérirai. »
Le chef de cent répondit en disant :
« Seigneur, je ne suis pas digne
que tu entres sous mon toit.
Mais dis ! seulement une parole,
et mon serviteur sera guéri.
Car moi je suis un homme sous une autorité,
et j'ai sous moi des soldats,
et je dis à l'un : "Va", — et il va,
et à un autre : "Viens", — et il vient,
et à mon esclave : "Fais ceci", — et il fait. »
Jésus entendit et il admira,
et il dit à ceux qui le suivaient :
« Amen, je vous dis,
chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle foi !
et je vous dis
que beaucoup de l'Orient et de l'Occident viendront
et s'étendront pour manger avec Abraham, Isaac et Jacob
dans le royaume des cieux,
mais les héritiers du royaume
seront jetés dans la ténèbre du dehors :
là sera le pleur
et le grincement des dents ! »
Et Jésus dit au chef de centaine :
« Va ! qu'il en soit pour toi comme tu as cru ! »
Et son serviteur fut guéri à cette heure-là.
Jésus vint dans la maison de Pierre,
il vit sa belle-mère couchée et fiévreuse,
et il toucha sa main,
et la fièvre la laissa,
et elle se réveilla
et elle le servait !
Le soir venu,
ils lui présentèrent de nombreux possédés.
et il jetait dehors les esprits d'un mot,
et tous ceux qui allaient mal, il les guérit,
ainsi s'accomplit la parole dite par Isaïe le prophète, disant :
“Lui-même, nos infirmités, il les a prises,
et nos maladies, il s'en est chargé !”
(Matthieu 8, 5-17)

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