Trouver le second souffle
Ce passage de l'évangile de Matthieu n'a de parallèle que chez Luc (9, 57-62), mais le thème dont il y est question rejoint fortement celui de la seconde naissance chez Jean. On nous parle, en effet, de conditions de vie qui rompent radicalement avec celles auxquelles nous sommes habitués, celles dans lesquelles nous sommes nés, celles auxquelles nous invite toute société, celles qui y sont d'usage en général, et peut-être même celles sans lesquelles toute société pourrait s'écrouler presque inéluctablement.
Il est question d'abord de renoncer à tout appui, non seulement matériel mais aussi psychique : pas de "tanière", pas de "nid", donc pas de maison, pas de lieu qui nous sécurise, où nous puissions toujours nous replier, nous retrouver nous-même, nous rasseoir. Pas même où reposer sa tête : coïncidence chargée de sens, le seul autre passage de tout le second testament où se retrouve cette expression "reposer la tête", c'est en Jean (19, 30), sur la croix : "et reposant la tête, il rendit l'esprit"...
Il est question ensuite de "laisser les morts enterrer leurs morts". L'homme voulait pouvoir enterrer son père avant que de s'engager sur ce même chemin que Jésus. Cette réponse, alors, prise à la lettre, ne peut qu'être choquante pour tout juif pieux. Honorer ses père et mère est la toute première des dix paroles qui vienne après celles qui concernent Dieu, c'est donc la toute première qui concerne nos rapports humains. La formule doit être prise dans un autre sens, et elle rejoint de nombreuses autres où il est question que notre vraie famille (père, mère, épouse, époux, frères, sœurs, enfants), ce sont ceux qui suivent ce même chemin.
En général, on ne choisit pas vraiment d'y entrer. En général, ce sont les circonstances qui nous y contraignent : un évènement tragique, ou un malaise dont on ne connaît pas vraiment la cause, nous ont barré l'ancien chemin, et nous ont alors plus ou moins obligés à franchir ce pas. Ce n'était pas possible que nous continuions comme ça, cela n'avait aucun sens, il fallait qu'il y ait autre chose dans la vie, dans l'existence, dans le monde. Et effectivement, il y a bien autre chose, qui a alors commencé de se révéler à nous, et c'est bien un autre chemin qui s'est alors ouvert devant nos pieds, sur lequel avancer chacun à son rythme, et que nous créons, pas-à-pas.
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Jésus voit des foules nombreuses autour de lui :
il ordonne de s'en aller de l'autre côté.
Un scribe s'approche et lui dit :
« Maître, je te suivrai,
où que tu t'en ailles ! »
Jésus lui dit :
« Les renards ont des tanières,
les oiseaux du ciel, des nids.
Mais le fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. »
Un autre des disciples lui dit :
« Seigneur, autorise-moi
à m'en aller d'abord enterrer mon père. »
Jésus lui dit :
« Suis-moi !
Laisse les morts enterrer leurs morts. »
(Matthieu 8, 18-22)

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