Pourquoi faut-il que ce soit difficile ?
oui, mais aussi : pourquoi pas ?
À force de paradoxes, à force de démolitions de ce qui nous semble le plus assuré, à force de remises en cause de nos repères culturels et religieux, nous finissons forcément par être complètement perdus, nous nous approchons dangereusement du néant absolu pour ce qui concerne du moins notre santé mentale, voire notre santé physique, pour peu que notre délabrement moral nous ait entraînés sur des chemins dangereux pour nos vies aussi. Et de fait, pourquoi nous serions-nous retenus de quelque excès que ce soit, dans la mesure où plus rien n'a de sens.
Passer du Dieu extérieur, du Dieu reçu dans notre enfance par notre éducation, en somme du Dieu de la religion (quelle qu'elle soit), au Dieu intérieur, au Dieu que nous aurons rencontré personnellement comme Moïse au buisson ardent ou comme Jacob quand il lutta contre lui ou comme Jésus lors de sa transfiguration, en somme au Dieu de la spiritualité, au Dieu qui avait toujours été là mais nous ne le savions pas, au Dieu qui est notre être-même, notre seul être vrai, cela se passe rarement comme une lettre à la poste !
Parce qu'il ne s'agit pas comme d'une connaissance objective, comme d'une connaissance scientifique, mais c'est bien plus comme de connaître une personne. Je pourrais vous parler d'unetelle ou d'untel, des qualités que je lui trouve, de ce qui fait pour moi son charme, et de quoi que ce soit qui me touche ou au contraire me déplaît dans sa personnalité, vous vous en ferez une certaine idée, mais rien ne pourra remplacer que vous la ou le rencontriez vous-même. Il en va bien ainsi avec Dieu, la seule différence étant qu'avec la personne de mes connaissances dont je vous aurais parlé, de la rencontrer par vous-même pourra éventuellement vous décevoir, ce qui n'est pas possible avec Dieu.
Jésus en a de bonnes : mini-croyants ! oligo-croyants dit exactement le mot grec, avec "oligo" comme dans "oligoéléments" ou "oligarchie" : très petit nombre, très petite quantité, mini-mini-mini-croyants ! Il vient de démolir toutes leurs certitudes tout du long des trois chapitres du sermon sur la montagne de Matthieu, comment ne se sentiraient-ils pas se noyer dans ces eaux qui représentent la mort et le néant, ce néant au-dessus duquel planait l'esprit et duquel, par sa parole, Dieu créa le monde. Il va absolument falloir que Jésus, maintenant qu'il a tout démoli, re-crée le monde pour eux.
Et, apparemment, c'est bien ce qu'il se passe : même les vents (le souffle, l'esprit qui plane sur les eaux) et la mer (les eaux) lui obéissent...
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Il monta dans la barque,
ses disciples le suivirent,
et voici, une grande tempête survint sur la mer,
au point que la barque était couverte par les vagues,
mais lui dormait.
Alors ils s'approchèrent et le réveillèrent en disant :
« Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus ! »,
mais lui leur dit :
« Pourquoi êtes-vous terrifiés,
mini-croyants ? »,
puis il se leva,
il menaça les vents et la mer,
et survint un grand calme.
Alors les hommes s'étonnèrent
et dirent :
« De quelle espèce est-il, celui-là,
que même les vents et la mer
lui obéissent ? »
(Matthieu 8, 23-27)

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