Partage d'évangile quotidien
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Les oiseaux du ciel ne sèment, ni ne moissonnent

Sam. 24 Juin 2023

Qui peut, à force d'inquiétude, ajouter une seule heure à sa vie ?


Que notre vie soit plus importante que notre nourriture, que notre corps soit plus important que notre vêtement, cela semblera évident, si nous nous trouvons dans une situation où nous aurons à choisir, au moins ponctuellement, entre les uns ou les autres. En français, nous avons l'injonction "la bourse ou la vie" qui dit exactement la même chose : provisoirement, pour un jour par exemple, nous choisirons d'avoir faim, soif, et froid, plutôt que de mourir..., en espérant que ce ne soit que pour un jour et que demain soit un autre jour. C'est une évidence, à moins d'être plus ou moins aliénés ?

Le royaume et sa justice, toutes les traditions spirituelles y invitent, les proposent comme but premier vers lequel orienter nos vies, y compris les traditions qu'on qualifie parfois d'athées, voulant dire par là qu'elles ne se réfèrent pas aux notions de dieu ou déité, mais qui affirment cependant l'existence d'une réalité fondamentale différente de celle, apparente, dans laquelle nous vivons. Toutes ces traditions ayant donc en commun ce concept de l'existence d'une telle réalité ultime, on peut alors les classifier en ces deux catégories principales : pour les unes cette réalité ultime est de type personnelle, elle est personnalisée, on peut lui dire "tu" et lui prêter un "je" ; tandis que pour les autres elle est de type impersonnelle, elle est en quelque sorte un "ça", ou un "ceci" ou un "cela".

Les discussions entre les tenants de traditions de l'un et de l'autre type achoppent évidemment le plus souvent sur cette différence assez primordiale. Les chrétiens, notamment, ou même simplement des héritiers de la culture chrétienne qui ne sont plus forcément croyants mais qui s'intéressent aux spiritualités orientales éventuellement d'un strict point de vue scientifique, auront tendance a décrire le nirvana bouddhiste ou la moksha hindouiste comme une annihilation de la personne, puisque fusionnant avec un grand tout impersonnel. Je me souviens ainsi d'un brave catholique, pourtant cultivé et se considérant compétent, lancer que son espérance ultime à lui n'était pas de disparaître, et comptant donc bien survivre avec tout ou partie de ses spécificités personnelles qu'il considérait indispensables.

Mais avant d'avancer de telles pétitions de principe, ne conviendrait-il pas de se poser d'abord sérieusement la question de ce qu'il y a de vraiment important dans cette fameuse personnalité dont nous estimons qu'elle serait l'essentiel de notre être ? Tous les grands saints, connus et reconnus ou inconnus, parlent de ce qu'on appelle parfois la nuit mystique, une crise de la foi extrême, terrible, quasiment à la vie à la mort. Quelle est-elle donc cette crise, si ce n'est précisément celle qui consiste à découvrir que cette personnalité à laquelle on s'était toujours identifié est en réalité parfaitement secondaire. Secondaire ne signifie pas sans utilité : elle est indispensable, dans cette vie-ci, en tout cas dans un premier temps, mais pas indéfiniment.

La problématique est là : nous prétendons juger des qualités de la réalité ultime à partir de notre réalité partielle. Ce qui fait toute la valeur, pour nous, d'une personne, ce sont des traits qui lui sont caractéristiques, ce que nous appelons sa personnalité. Mais est-il raisonnable que la réalité ultime ait des traits qui lui soient caractéristiques ? ils lui seraient alors caractéristiques par rapport à quelle "autre" réalité "ultime" ?

"Personnellement", elle m'apparaît comme à la fois impersonnelle, du fait qu'elle me laisse une absolument totale liberté, et personnelle, du fait qu'elle attend aussi absolument tout de moi... et pour le reste, c'est elle que cela regarde !

 

 

 

Nul ne peut servir deux seigneurs,
ou il haïra l'un
    et aimera l'autre,
ou il sera dévoué à l'un
    et méprisera l'autre :
vous ne pouvez servir Dieu
    et Mammon !
    
    Aussi je vous dis
de ne pas vous inquiéter
    pour votre vie (que mangerez-vous ou que boirez-vous),
    ni pour votre corps  (de quoi le vêtirez-vous) :
la vie n'est-elle pas plus que la nourriture,
    et le corps, que le vêtement ?

Observez les oiseaux du ciel
    qui ne sèment, ni ne moissonnent,
    ni n'amassent dans des greniers,
et votre père du ciel les nourrit ;
    ne valez-vous pas bien plus qu'eux ?
or qui d'entre vous, en s'inquiétant,
    peut ajouter à sa taille une seule coudée ?

Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ?
observez les lis des champs, comme ils croissent :
    ils ne se fatiguent ni ne filent,
et pourtant je vous dis que même Salomon dans toute sa gloire
    n'a pas été vêtu comme l'un d'eux ;
si donc l'herbe des champs,
    qui aujourd'hui est là et demain sera jetée au four,
Dieu l'habille ainsi,
    combien mieux le fait-il pour vous, mini-croyants !

Donc ne vous inquiétez pas
    en disant "que mangerons-nous ?" ou "que boirons-nous ?"
    ou "de quoi serons-nous vêtus ?",
car tout cela, les païens le recherchent,
mais il sait, votre père du ciel,
    que vous avez besoin de tout cela :
aussi cherchez d'abord le royaume et sa justice,
    et tout cela vous sera ajouté.

Donc, ne vous inquiétez pas
    pour demain :
demain s'inquiétera
    de lui-même,
à chaque jour suffit sa peine.
    
(Matthieu 6, 24-34)

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