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Si le sel perd son sel, comment le re-saler ?

Mar. 13 Juin 2023

Bientôt, cette nature elle-même, que nous avons si mal servie, nous rejettera, pour sauvegarder ce qui peut encore l'être.


"le sel de la terre, la lumière de ce monde" : ces deux images fonctionnent de façons parallèles, similaires, mais elles ne disent pas exactement la même chose.

La terre, en hébreu se dit adamah, et cela désigne le sol, la terre dont a été tiré l'homme (adam), mais qui avait produit aussi auparavant les plantes et les animaux ; en somme, c'est à peu près ce que nous appellerions la nature. Le monde, de son côté, c'est, si on veut, la même nature à l'origine, mais telle qu'elle est devenue du fait de l'aventure de notre espèce ; en somme, c'est à peu près ce que nous appellerions la civilisation, et ses conséquences.

"Vous êtes le sel de la terre" s'adresse donc, en fait, à tout être humain. Le mot sel est à prendre dans son sens figuré, comme quand on parle du sel d'une histoire ou d'un bon mot : c'est la pointe d'un récit, c'est ce qui lui donne tout son sens. D'ailleurs le verbe grec utilisé ici et qui signifie "affadir" pour le sel, vient d'une racine qui signifie "sot, insensé" ; littéralement on pourrait avoir comme traduction : "le sel devient fou" ! Autrement dit, être le sel de la terre signifie être ce qui donne tout son sens à la nature.

On peut s'interroger : nous, êtres humains, dans l'état où nous avons mis notre planète, pouvons-nous vraiment nous vanter d'être encore le sel de la terre ? Bientôt, ce ne sont pas les hommes qui nous piétineront, mais cette nature elle-même, que nous avons si mal servie, et qui nous rejettera pour sauvegarder ce qui peut encore l'être.

"Vous êtes la lumière de ce monde" s'adresse donc de son côté plutôt aux "disciples", à ceux-là qui ont fait l'effort de suivre Jésus dans son ascension de la montagne, aux initiés, comme nous l'avons vu hier. Et ce qui est attendu d'eux, ce n'est pas qu'ils fassent de grands discours, ce n'est pas qu'ils baptisent à tours de bras, ce n'est pas qu'ils fulminent contre tous ces mécréants qui ne sont pas comme eux. Non, ce qui est attendu d'eux, c'est juste qu'ils soient, qu'ils témoignent, sans aucune parole, juste par ce qu'ils sont. Une ville située sur une hauteur ne peut pas ne pas être vue ; une lumière placée sur un lampadaire ne peut pas ne pas éclairer toute la pièce...

Être lumière, être transparents, être pleinement habités... Paul dit (Galates 2, 20) "Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi" ; Jean parle lui de son côté (Jean 3, 1s) de la seconde naissance, lorsque c'est l'Esprit qui vit en nous. Tous les deux témoignent ainsi d'une même réalité, de ce que c'est qu'être vraiment homme. Car c'est là notre vocation humaine, et il n'y a qu'ainsi que nous pouvons être aussi sel de la terre, comme le dit encore Paul (Romains 8, 22) : "la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore". La nature, la création, comptent sur nous.

 

 

Vous, vous êtes le sel de la terre.
Si le sel s'affadit,
    avec quoi le saler ?
Il ne sert plus à rien,
    sinon être jeté dehors
    et piétiné par les hommes.
    
Vous, vous êtes la lumière de ce monde.
Une ville ne peut être cachée,
    située en haut d'une montagne,
et on ne fait pas brûler une lampe
    pour la mettre sous le boisseau,
mais sur le lampadaire,
    et elle brille pour tous dans la maison.

Ainsi, que brille votre lumière
    devant les hommes,
pour qu'ils voient vos belles œuvres
    et qu'ils glorifient votre père dans les cieux.

(Matthieu 5, 13-16)

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