Partage d'évangile quotidien
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À toutes les nations

Sam. 22 Juillet 2023

Comment fait-on pour s'imaginer que Dieu soit à ce point manchot pour qu'il n'ait réussi à se révéler qu'à un seul peuple parmi tous les peuples de la terre et à travers toutes les époques ? Qu'on ait pensé cela quand on n'était encore à peine plus qu'un clan au milieu d'autres clans, qu'on n'avait aucune idée de l'immensité du monde dans l'espace et le temps au-delà de ces clans voisins contemporains, à la rigueur : dans ces circonstances, il était bien possible que l'idée qu'on s'était faite de ce Dieu ait été plus profonde, plus proche de la réalité, et par altruisme on pense alors avoir une mission, celle de révéler cette idée qu'on a du vrai Dieu à "toutes les nations".

Mais la prudence, sinon le simple bon sens, voudrait qu'on admette plutôt que notre connaissance de Dieu ne sera jamais complète, et que par conséquent, notre intérêt bien compris est de nous ouvrir à ce que les autres religions ont à nous apporter, bien plus que de vouloir à tout prix imposer la nôtre aux autres. C'est là juste une question de pure logique. Si d'autres souhaitent s'intéresser à la nôtre, alors bien sûr nous aurons sans doute à cœur de répondre à leur demande, mais cette manie, qu'ont particulièrement les monothéismes, de se croire les seuls détenteurs du seul vrai Dieu, est le plus beau contre-témoignage qu'ils puissent offrir.

Il est de toutes façons problématique d'envisager que Dieu ait pu se révéler pleinement à qui que ce soit à quelque moment que ce soit : le sceau de la révélation, sa plénitude, son achèvement, sont des impossibilités en soi. Non pas seulement à cause de nos limitations d'êtres créés, mais encore parce que Dieu, lui non plus, n'est pas statique comme une statue, immobile et éternellement le même, inchangé et inchangeable, pour tout dire : mort. Dieu advient, comme nous tous, comme tout ce qui est ; Dieu est en devenir, Dieu évolue, et lui-même ne sait pas vers quoi. Mais quel serait le besoin qu'il le sache ?

Quand notre univers a commencé son aventure, peut-être n'était-il pas écrit qu'il donnerait naissance à des êtres vivants, et encore moins à des êtres conscients. C'est le hasard et la nécessité, disent les uns, qui en a décidé ainsi. Oui, peut-être, mais d'un autre côté il est certain aussi que ces évolutions étaient possibles, sinon elles ne se seraient pas produites ; elles étaient donc pour le moins présentes virtuellement. Ce n'est pas vers absolument n'importe quoi que cet univers pouvait évoluer, il y avait au moins ces possibilités-là qui étaient inscrites dès les origines.

Est-il alors important de savoir vers quoi d'autre encore tout ceci peut aller, que pourrait-il advenir encore de plus extraordinaire que l'apparition de la vie puis de la conscience ? Hasard et nécessité si on veut, en tout cas qui pourrait affirmer que plus rien de nouveau ne puisse surgir des virtualité de notre univers ? Une piste éventuelle : la brique de base du vivant (la cellule) est faite d'un assemblage complexe de briques de matière (les molécules) ; la brique de base du conscient (l'être humain) est faite d'un assemblage complexe de briques du vivant (les cellules) : envisager un assemblage complexe de briques de base du conscient (les êtres humains) ?

Une telle notion a été développée par Paul avec son image de corps mystique du Christ composé de tous les chrétiens, image reprise par Teilhard de Chardin, élargie à un corps mystique englobant tout l'univers, sur la base d'un raisonnement similaire à celui que je viens de tenir, mais combien de chrétiens envisagent vraiment leur foi jusque là ? et d'autre part : que reste-t-il de l'homme Jésus dans tout ça ? a-t-il encore un rapport avec ce "Christ"-là ? déjà Paul n'avait pas connu Jésus autrement que dans une vision "mystique"...

 

 

Étant sortis, les pharisiens
tinrent conseil contre lui :
    comment pourraient-ils le perdre ?
mais Jésus, l'ayant su, se retira de là.

Et beaucoup le suivirent,
    et il les guérit tous
— mais il leur intima
    de ne pas le faire savoir —,
afin que soit accompli ce qui avait été dit par Isaïe le prophète, qui disait :

"Voici mon enfant, mon préféré,
    mon aimé en qui mon âme s'est plu :
je mettrai mon Esprit sur lui
    et il portera le droit aux nations ;
il ne disputera pas ni ne criera,
    nul n'entendra sur les places sa voix,
le roseau froissé il ne le rompra pas,
    la mèche fumante il ne l'éteindra pas,
jusqu'à ce qu'il ait mené le droit à sa plénitude,
et les nations mettront leur espérance en son nom."

(Matthieu 12, 14-21)

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