Partage d'évangile quotidien
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Histoires de gros sous

Jeu. 17 Août 2023

Quand on lit cette histoire de remise de dettes, on ne peut pas ne pas penser à la prière dite du "Notre Père" telle que Matthieu l'a transmise : "remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs". Dans cette prière, une question pouvait se poser : Dieu ne serait-il capable de nous remettre ce que nous lui devons que si nous en sommes capables nous aussi ? Dans cette histoire-ci, Dieu a bien remis la dette le premier, il a montré l'exemple, il demande seulement que nous sachions en faire autant.

Il reste que ce revirement du roi qui, après avoir fait cadeau de cette dette, se ravise et reprend ce qu'il avait donné, est encore choquant ! On préférerait certainement qu'il trouve un autre moyen d'amener celui qui, normalement n'est plus son débiteur, à évoluer lui aussi vers une attitude plus bienveillante à l'égard de son propre débiteur. Mais il faudrait déjà s'entendre sur le sens exact de ce mot, "dette", dans ce contexte, tant de l'histoire que de la prière.

Dans sa version du "Notre Père", sur ce point, Luc diffère légèrement de Matthieu, en disant : "remets-nous nos péchés car nous remettons aussi à ceux qui nous doivent". Luc a donc remplacé la demande à Dieu de remise de dette par une remise des péchés, tout en conservant que, de notre côté, ce sont des dettes que nous remettons à ceux qui nous doivent. Luc a ainsi déjà glissé vers un sens qui n'était sans doute pas présent au départ dans la prière. La formule actuelle, partagée par les orthodoxes, les catholiques et les protestants, est "pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés", ce qui est encore un troisième sens ...!

Une dette, un péché, une offense ? Retenons, au moins pour l'instant, ce qui était certainement à l'origine de la tradition : la dette, sans que cela ne préjuge d'un sens autre éventuellement sous-entendu. Une dette, nous en avons effectivement une, au moins aussi immense que les dix mille talents de l'histoire (200 000 kilos d'argent ou d'or ? les équivalences sont difficiles à déterminer précisément, mais il s'agit de toutes façons d'une somme faramineuse, à comparer avec les cent deniers qui représentent trois mois au smic), pourtant volontairement absolument non crédibles. Notre dette, de fait, est incommensurable, si on veut bien reconnaître que nous ne nous sommes pas donnés à nous-même notre existence.

Qu'on l'appelle Dieu, ou la Nature, ou l'Univers, ou tout ce qu'on veut, nous n'existons que parce qu'on nous a donné cette existence. Après, on a le droit de trouver que ça n'a rien d'un cadeau, c'est une autre question. Après aussi, il est certain que nous allons avoir à fournir quelques efforts pour faire perdurer cette existence, cela ne se fera pas tout seul, même à l'époque des cueilleurs chasseurs il fallait déjà se défendre de la concurrence des autres espèces animales et se mettre en quête de nos propres moyens de subsistance, et ce jusqu'à la concurrence, éventuellement de plus en plus féroce, entre les hommes eux-mêmes, nous savons tous ça, les guerres, l'exploitation de l'homme par l'homme, l'accaparement des ressources par un petit nombre, etc.

Les offenses, à Dieu ou à la Nature ou à..., sont peut-être là, dans toutes ces sortes d'abus, dont il est difficile de comprendre ce qui les motive réellement. Pourquoi ne se contente-t-on pas d'avoir juste de quoi se nourrir et se protéger des intempéries ? Et est-ce cela qu'on appelle "péché" ?

 

 

    Alors Pierre s'approcha et lui dit :
« Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi
    et lui remettrai-je,
jusqu'à sept fois ? »
    Jésus lui dit :
« Je ne te dis pas jusqu'à sept fois,
mais jusqu'à soixante-dix fois sept !

Aussi le royaume des cieux est semblable
    à un homme, un roi,
qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Quand il commença à régler
    on lui en amena un qui était débiteur de dix mille talents.
Comme il n'avait pas de quoi rendre,
le seigneur ordonna qu'il soit vendu,
    et la femme, et les enfants, et tout ce qu'il avait,
pour rendre.
Le serviteur alors tomba à ses pieds
    et se prosternait devant lui en disant :
"Sois patient avec moi,
    et je te rendrai tout !"
et le seigneur de ce serviteur fut pris aux entrailles,
    il le délia, et lui remit la créance.

Cependant ce serviteur sortit et trouva un de ses co-serviteurs
    qui lui devait cent deniers,
    et il le saisit et il l'étranglait en disant :
"Rends ce que tu dois !"
Son co-serviteur alors tomba à ses pieds,
    et le suppliait en disant :
"Sois patient avec moi,
    et je te rendrai !"
mais il ne voulut pas, il s'en alla et le jeta en prison
    jusqu'à ce qu'il ait rendu ce qu'il devait.

Alors ses co-serviteurs virent ce qui s'était passé
    et en furent fort attristés,
et ils vinrent et racontèrent à leur seigneur
    tout ce qui s'était passé,
    et son seigneur l'appela et lui dit :
"Serviteur mauvais,
    toute cette dette, je te l'avais remise
parce que tu m'avais supplié ;
ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton co-serviteur,
    comme moi aussi j'avais eu pitié de toi ?"
Et son seigneur fut en colère et le livra aux tortionnaires
    jusqu'à ce qu'il ait rendu tout ce qu'il devait.

C'est ainsi aussi que mon père du ciel fera pour vous,
si vous ne remettez pas chacun à son frère
    de tout votre cœur. »
    
Et quand Jésus eut achevé ces paroles,
    il s'éloigna de la Galilée.

(Matthieu 18, 21 - 19, 1)

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