Partage d'évangile quotidien
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Du sens de la beauté

Ven. 20 Octobre 2023

Craignez qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne ! oui, je vous dis, celui-là, craignez-le !

Qui, après m'avoir tué, aurait le pouvoir de me jeter dans la géhenne ? La géhenne désigne d'abord une vallée, proche de Jérusalem, dans laquelle s'étaient pratiqués des cultes païens, notamment des meurtres rituels d'enfants par le feu. De là est venue l'image de l'enfer comme lieu de souffrances dans le feu. Devenue par la suite le dépotoir de la ville, cette vallée symbolise alors la décomposition des corps dans la mort, mais plus encore la disparition totale de la personne, la mort de l'âme, la "seconde mort", la mort spirituelle. Lieu de souffrances éternelles, ou lieu de disparition totale et définitive, qui donc aurait le pouvoir de m'y emporter ?

Première réponse immédiate : le diable, Satan, Lucifer, le démon. Sans doute est-ce lui qui règne sur ces lieux, mais enfin, ce n'est pas lui qui décide de qui a mérité une telle issue et qui peut en réchapper. Celui qui juge, dit-on, ce serait Dieu. C'est lui qui me condamnerait, c'est lui qui m'y précipiterait, même si peut-être seulement indirectement. Excusez-moi cependant si cette réponse, parfaitement classique et solidement fondée, ne me convient pourtant pas. Ne serait-ce qu'à cause de la suite du texte, qui dit que Dieu veille même sur le moindre de mes cheveux ! et cette merveille que je suis, à laquelle il semble tenir comme à la prunelle de ses yeux, il l'enverrait comme ça à la destruction, au néant absolu et sans retour ?

Non, quant à moi, un tel pouvoir, je n'en vois qu'un seul qui puisse l'avoir : c'est moi-même. Non, d'ailleurs, que j'accorde une telle importance à ma survie personnelle après la mort, cela m'est en soi assez égal. Mais c'est bien plutôt le sens général de l'existence, le sens de ce déploiement extraordinaire d'ingéniosité et de beauté qu'est l'univers, et la vie, et l'intelligence, la pensée, l'art ; et tout ceci disparaîtrait définitivement un jour, tout ceci n'aurait servi absolument à rien, il n'en resterait au final absolument rien du tout ? Non, cela me semblerait d'une telle absurdité, un non-sens, une contradiction même en soi.

Peu me chaut donc une survie personnelle après ma mort corporelle, je ne vois pas l'intérêt de rentrer dans ce débat entre les conceptions des religions monothéistes et celles des traditions orientales. Franchement, ma petite personne ne me semble pas mériter une telle attention, bien au contraire. Mais la mort de Dieu, la fin de tout, la vanité complète de l'aventure de l'univers ?

 

 

Sur quoi, les multitudes de la foule s'étant rassemblées
    jusqu'à se piétiner les uns les autres,
    il commença à dire à ses disciples d'abord :

« Défiez-vous pour vous-mêmes
    du levain des pharisiens qui est dissimulation,
car rien n'est recouvert
    qui ne sera découvert,
ni de caché
    qui ne sera connu,
au contraire, quoi que vous ayez dit dans l'obscurité
    sera entendu dans la lumière,
et ce que vous aurez prononcé à l'oreille dans les lieux clos
    sera proclamé sur les toits.

    Aussi je dis à vous, mes amis,
de ne pas craindre ceux qui tuent le corps
    et après cela ne peuvent rien faire de plus,
mais je vais vous suggérer qui craindre :
craignez qui, après avoir tué, a le pouvoir
    de jeter dans la géhenne !
    oui, je vous dis, celui-là, craignez-le !

Est-ce que cinq moineaux ne sont pas vendus deux sous ?
    et pas un d'eux n'est oublié devant Dieu,
mais même les cheveux de votre tête
    sont tous dénombrés :
ne craignez pas !
    plus que beaucoup de moineaux,
vous êtes précieux. »

(Luc 12, 1-7)

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