Rien de nouveau sous le soleil
« Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : "Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment !" » (Amos 8, 4-6) Qui oserait dire que ce texte n'est plus d'actualité ? pourtant son auteur, Amos, est un des plus anciens prophètes de la Bible. Sa parole est bien vivante, elle a, malheureusement, toujours quelque chose à nous dire, aujourd'hui encore, près de trois mille ans plus tard.
Il n'y a pas deux façons d'honorer la parole des prophètes du temps passé, la seule qui soit honnête, sincère, c'est de la recevoir, de l'entendre, aujourd'hui encore, et de s'en laisser toucher et transformer. Cette parole ne peut pas mourir, et elle ne changera jamais : aimez-vous les uns les autres, et aimez tout particulièrement les plus petits, les plus faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, ceux qu'il est si facile de tromper, d'abuser, ou même simplement d'oublier, de laisser de côté. Cette parole n'a rien de nouveau, donc ; Jésus n'a fait preuve d'aucune originalité, c'est toujours et depuis toujours le même message que portent les prophètes de la part de leur Dieu. Et depuis toujours l'humanité résiste, nous résistons.
Construire de beaux mausolées — bien situer l'époque à laquelle les prophètes ont vécu, le contexte dans lequel ils ont parlé, qui régnait, à qui ils s'adressaient, quelles étaient les puissances étrangères menaçantes, les divisions politiques internes, etc. — tout ceci n'est-il pas déjà de l'ordre du subterfuge pour échapper au tranchant du message en lui-même ? Et toutes ces arguties, tous ces préceptes, ces innombrables règles de soit-disant pureté, à quoi tout ceci sert-il, sinon là aussi à se défiler, à se faire croire à soi-même, qu'il y aurait plus important que de donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif, accueillir l'étranger, vêtir ceux qui sont nus, visiter ceux qui sont malades ou en prison ?
Morale d'esclaves ? vraiment ? subterfuge, de ceux qui ne sont pas capables de se débrouiller par eux-mêmes (de ceux qui ne sont pas assez forts pour s'assumer et marcher sans béquilles), pour faire honte à ceux qui les dominent ? enfance de l'humanité apeurée par les forces de la nature et qui s'est inventé un Dieu bon qui la protégerait ? mais maintenant que nous sommes devenus grands, maintenant que nous sommes nos propres maîtres, maintenant que nous nous sommes faits nous-mêmes et avons enfin jeté au feu toutes ces gamineries, ces fables, ces histoires de vielles femmes, notre civilisation n'est-elle pas la plus heureuse qui ait jamais existé, non ?
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« Honte à vous !
parce que vous bâtissez les monuments funéraires des prophètes
que vos pères ont pourtant tués,
ainsi vous êtes témoins
et vous approuvez les œuvres de vos pères,
car eux les ont tués
et vous, vous bâtissez ;
et en ceci la Sagesse de Dieu a dit :
je leur enverrai prophètes et apôtres,
et ils en tueront et persécuteront,
en sorte que puisse être requis de cette génération
le sang de tous les prophètes
répandu depuis le fondation du monde,
depuis le sang d'Abel
jusqu'au sang de Zacharie,
tué entre l'autel et la Maison,
oui, je vous dis,
cela sera requis de cette génération.
Honte à vous les hommes de loi !
parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance,
vous-mêmes n'êtes pas entrés
et ceux qui entraient vous les avez empêchés. »
Et étant sorti de là,
les scribes et les pharisiens commencèrent
à en avoir terriblement contre lui
et à le faire parler
d'une multitude de choses,
à l'affût
pour capter ce qui sortirait de sa bouche.
(Luc 11, 47-54)

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