Partage d'évangile quotidien
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Plus que Salomon, plus que Jonas

Lun. 16 Octobre 2023

Deux natures, l'une humaine et l'autre divine, sans séparation entre les deux, mais sans confusion non plus

Dans son passage parallèle, Matthieu (12, 38-42) explique le "signe de Jonas" ainsi : Jonas a passé trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine avant de prêcher avec succès les Ninivites, et de même Jésus passera trois jours et trois nuits dans le ventre de la mort avant de ressusciter et de convaincre les hommes qu'il était vraiment Dieu... Cette explication retenue par Matthieu est forcée, tirée par les cheveux. Jésus n'est pas resté trois jours et trois nuit dans la mort : en fait, on n'a aucune idée précise du temps en question, peut-être est-il sorti du tombeau dès le soir même où il y a été mis, mais en tout cas c'est tout au plus deux nuits et un jour qu'il y est resté, puisque enseveli le vendredi soir, le tombeau a été constaté vide le dimanche matin.

L'explication que donne Luc du signe de Jonas est nettement plus significative, et de plus cohérente avec les deux petites péricopes qui suivent : de toute l'histoire d'Israël, Jonas est le seul prophète que Dieu ait envoyé prêcher auprès de païens ; la mission de tous les autres prophètes s'adressait aux seuls membres du "peuple élu", seule la mission de Jonas s'adressait à des païens, les habitants de Ninive... Donc, quand Jésus, aux demandes de certains de ses coreligionnaires (juste un peu avant : Luc 11, 16) de leur donner un signe prouvant qu'il est envoyé par Dieu, qu'il est donc un prophète, répond qu'ils n'auront pas d'autre signe que celui de Jonas, il fait par là allusion au fait ultérieur (il prophétise) que le christianisme se répandra d'abord auprès des païens, ce sont ces païens qui se convertiront à l'authenticité de la mission de Jésus, au moins dans un premier temps, en espérant que Israël finira par y venir aussi.

Maintenant, les chrétiens peuvent-ils donc se contenter de se dire : yes ! c'est nous qui avons raison, c'est nous qui avons la bonne foi. Est-ce que, en réalité, ils ne font pas exactement la même chose — avec leur certitude de croire au "bon", au "vrai", Dieu, celui qui s'est incarné en Jésus — que le judaïsme avec sa certitude d'être le peuple élu ? Personnellement, je ne le redirai sans doute jamais assez, je suis convaincu que l'immense majorité des chrétiens croient en fait en une idole, en un Jésus qu'ils considèrent comme étant purement et simplement Dieu, alors que ce n'est même pas ce que dit leur propre dogme.

Ce n'est pas que je considère que les dogmes, d'une manière générale, soient eux-mêmes des références absolues, évidemment : ils sont forcément imparfaits, mais il faut au moins respecter les garde-fous qu'ils posent, quand ils en posent. Ainsi le dogme qui parle de Jésus en le définissant comme ayant deux natures, l'une humaine et l'autre divine, sans séparation entre les deux mais sans confusion non plus. Déjà ceci signifie qu'en disant "Jésus est Dieu" on fait l'impasse sur son humanité, on la minimise, et c'est bien ainsi que se le représentent la plupart des chrétiens : certes, il était homme corporellement, mais dans sa tête, il était Dieu, son corps était humain, mais son âme était divine... et ceci est parfaitement hérétique, par rapport à ce dogme !

Ce n'est absolument pas ainsi que se faisait le partage entre son humanité et sa divinité. La nature humaine ne consiste pas seulement en un corps ! la nature humaine, c'est tout ce que nous pouvons constater en nous, un corps doué de sensations, d'émotions, de sentiments, de pensées, d'intuition spirituelle, de conscience. Jésus avait une conscience humaine, un libre-arbitre humain, tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit, il l'a fait et l'a dit en tant qu'homme, et il n'y avait pas de vases communicants entre sa conscience humaine et sa conscience divine : elles étaient sans confusion. Ce n'était pas sa conscience divine qui lui dictait les décisions que devait prendre sa conscience humaine, et il n'avait même pas de certitude que les décisions qu'il prenait avec sa conscience humaine aient été ou non conformes avec la conscience divine.

Deux natures, sans confusion : comme nous tous, Jésus n'a jamais eu de certitude sur les choix qu'il faisait, sinon, en quoi aurait-il été encore humain ? en quoi pourrait-il encore nous servir de modèle à nous qui n'avons non plus jamais de certitude à l'avance sur les choix que nous faisons ? Nous avons toujours des choix à faire dans nos vies, des choix à faire de nos vies, et Jésus aussi les a eus, tous, les mêmes. Deux natures, sans séparation : ça, c'est ce qu'on peut dire après coup. Après coup, être chrétien, c'est croire que tous les choix qu'a faits Jésus tout du long de sa vie se sont trouvés être en accord parfait avec ceux que sa nature divine souhaitait. Comment peux-t-on en être sûr ? c'est ce qu'on a conclu de sa résurrection ; c'est sa résurrection qui a fait qu'on a considéré qu'il n'avait pas pu n'être qu'un homme ordinaire, et, de fil en aiguille, le christianisme s'est construit à partir de là.

Alors ? qu'en était-il réellement ? et est-ce important de choisir ? ou, au contraire, ne vaut-il pas mieux rester dans l'incertitude ?

 

 

Alors comme les foules se regroupaient
    il commença à dire :
« Cette génération est une génération mauvaise,
elle cherche un signe,
et de signe il ne lui sera pas donné
    sinon le signe de Jonas,
car comme Jonas devint un signe
    pour les Ninivites,
ainsi sera aussi le fils de l'homme
    pour cette génération.

La reine du midi sera éveillée au jugement
    avec les hommes de cette génération et elle les condamnera,
parce qu'elle vint des confins de la terre
    entendre la sagesse de Salomon,
et voici : plus que Salomon ici !
Les hommes de Ninive se lèveront au jugement
    avec cette génération et la condamneront,
parce qu'ils se repentirent
    à la proclamation de Jonas,
et voici : plus que Jonas ici ! »

(Luc 11, 29-32)

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