Hélas ! Jérusalem...
...si tu avais connu en ce jour, toi aussi, ce qu'il en est de la paix !
Si Jésus savait en toute conscience qu'il était Dieu, que, en lui, l'homme et le Dieu n'étaient qu'une seule et même chose, peut-on alors considérer qu'il était vraiment humain, puisque notre condition humaine se caractérise, entre autres, par ce fait que nous, nous ne sommes pas Dieu ; en nous, l'humain et le divin ne s'identifient pas. En nous, êtres humains, le divin est certes présent, au point, même, que je puisse dire que Dieu est l'être de mon être, et donc que Dieu est moi, mais certainement pas que, moi, je suis Dieu.
Être humain, c'est cela, être une manifestation de Dieu, comme tout ce qui est dans l'univers : tout est manifestation de Dieu, Dieu est l'être de tout ce qui est, et Dieu est la vie de tout ce qui vit, Dieu vit, ressent, pense, tout ce qui vit, ressent, pense, tout cela, Dieu l'expérimente par tout ce qui est. Et être humain me permet peut-être, de plus, d'être conscient de cela, avoir l'expérience consciente de cette présence en moi comme étant à la fois mon être le plus intime et à la fois au-delà de moi-même.
À partir de là, si Jésus était vraiment humain de cette façon-là comme nous tous (et non pas seulement Dieu avec une apparence d'homme : un corps d'homme mais avec Dieu pour psychisme, comme se le représentent peu ou prou tous les chrétiens), alors il me semble difficile qu'il ait pu affirmer un certain nombre de choses que les évangiles lui attribuent, comme celle-ci : que si Jérusalem va être prochainement assiégée et rasée, y compris ses habitants, c'est parce qu'elle n'a pas su le reconnaître, l'accueillir, lui Jésus.
Il me semble, en effet, que pour pouvoir oser proférer une telle affirmation, il lui aurait fallu être sûr de toutes les pensées de Dieu, de toutes ses intentions, être sûr que lui, Jésus, était la seule voie par laquelle Israël pouvait être sauvé, etc., bref, toute la théologie chrétienne qui va se développer par la suite : hors de l'Église point de salut, et tout ça et tout ça. En somme, toute cette appropriation de Dieu que les chrétiens se sont crus autorisés à faire, mais dans le fond ni plus ni moins que ce que le judaïsme avait déjà fait depuis ses origines.
C'est malheureusement le propre de toute religion, de toute tradition, que de s'accrocher à des bribes de définitions de Dieu, et de les absolutiser, pour mieux l'apprivoiser, mais ce faisant on le trahit, en réalité. Dieu ne peut que se recevoir, pas se posséder.
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Et quand il se fut approché,
ayant vu la ville,
il pleura sur elle, disant :
« Si tu avais connu en ce jour, toi aussi,
ce qu'il en est de la paix...
mais actuellement cela a été caché à tes yeux,
car des jours viendront sur toi
et tes ennemis érigeront
des camps retranchés contre toi
et ils t'encercleront
et ils t'oppresseront de toutes parts
et ils te raseront jusqu'au sol,
toi et tes enfants en toi,
et ils ne laisseront pas pierre sur pierre en toi,
parce que tu n'as pas connu
le moment de ta visitation. »
(Luc 19, 41-44)

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