Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Ce n'est pas de dire "Seigneur ! Seigneur !"

Jeu. 7 Décembre 2023

Tant que la racine du mal n'est pas extirpée, il reviendra encore et encore, en sorte que lutter contre ses seules manifestations extérieures est un véritable travail de Sisyphe, ou un tonneau des Danaïdes à vider sans fin...

« Il a été dit "tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu tiendras tes serments au Seigneur...", or moi je vous dis...» : cette série de "il a été dit... or moi je vous dis...", qui viennent d'être prononcés par Jésus, sont d'une audace stupéfiante. La formule "il a été dit" est une périphrase, convenue, que tout le monde dans son auditoire comprend parfaitement, et qui signifie "YHWH a dit". Tous ces "il a été dit..." proviennent de la Torah, soit au sens le plus restrictif comme faisant partie des dix paroles reçues pas Moïse et inscrites "dans le marbre" des tables, soit dans un sens légèrement plus large comme provenant de l'un des cinq livres du pentateuque.

Au travers de ces "il a été dit... or moi je vous dis...", Jésus n'abroge cependant rien de ce que YHWH avait dit, mais au contraire, il creuse le sens profond de ces règles de vie, et il les rend, au final, encore plus exigeantes : il ne suffit pas de ne pas tuer, il convient d'aller jusqu'à l'éradication de tout mouvement de colère ou même d'aversion, en soi ; il ne suffit pas de ne pas commettre d'adultère, il convient d'aller jusqu'à l'éradication de tout désir envers toute femme qui n'est pas son épouse ; etc.

Jésus n'a rien d'original en réfléchissant ainsi sur la Torah et en en tirant des règles de vie qui n'y sont pas écrites mais dont il estime qu'elles en découlent. En somme, il fait une exégèse de la Torah, comme le faisaient tous les rabbis, et comme le font encore et toujours les juifs, et comme le font aussi depuis toujours les chrétiens. Mais Jésus le fait avec un aplomb et une autorité peu courantes ; par son "il vous a été dit... or moi je vous dis", où "il vous a été dit" signifie en fait "Dieu vous a dit", Jésus sous-entend qu'il connaît intimement Dieu, qu'il sait les raisons de ses paroles, et qu'il est là pour en faire l'actualisation nécessaire. Pour le moins, Jésus se révèle là comme étant un nouveau Moïse !

Pas étonnant alors que, en conclusion de ce discours (celui qui est dit "sur la montagne"), Jésus affirme que, pour entrer dans le royaume, il faut suivre ces préceptes qu'il vient de donner, il faut mettre en œuvre tout ce programme qu'il vient de dérouler, c'est cela seul qui importe. Se dire "chrétien" n'a aucun sens si on ne conforme pas toute sa vie à ces règles, infiniment plus exigeantes que celles censément données par Moïse, ce qu'on peut résumer ainsi : il ne s'agit pas de seulement pacifier nos actes, nos actions, sur le monde et sur les autres, il faut viser, bien plus profondément, les racines de ces actes, là où elles s'enracinent, au plus profond de notre cœur.

Et pourtant, Jésus allègue par ailleurs que son joug serait léger ! serait-ce contradictoire ? eh bien non, parce que, précisément, tant que la racine du mal n'est pas extirpée, il reviendra encore et encore, en sorte que lutter contre ses seules manifestations extérieures est un véritable travail de Sisyphe, ou un tonneau des Danaïdes à vider sans fin...

Mais d'où est venue à Jésus cette compréhension ? au minimum, donc, d'une grande intimité avec celui qu'il appelait son père... ou plus encore ?

 

 

ce n'est pas quiconque qui me dit
    "Seigneur ! Seigneur !"
    qui entrera dans le royaume des cieux,
mais celui qui fait
    la volonté de mon père, celui dans les cieux

beaucoup me diront en ce jour-là
    "Seigneur ! Seigneur !
n'est-ce pas en ton nom
    que nous avons prophétisé
et en ton nom
    que nous avons expulsé des démons
et en ton nom
    que nous avons accompli beaucoup de miracles ?"
et alors je leur certifierai
"jamais à aucun moment je ne vous ai connus,
    éloignez-vous de moi ! vous qui œuvrez l'iniquité"
    
Aussi, quiconque entend ces paroles miennes
    et qui les fait
ressemblera à un homme avisé
    qui a bâti sa maison sur le roc
et la pluie est tombée
    et les torrents sont venus
    et les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison
mais elle ne s'est pas écroulée
    parce qu'elle avait été fondée sur le roc ;
mais quiconque entend ces paroles miennes
    et qui ne les fait pas,
ressemblera à un homme insensé
    qui a bâti sa maison sur le sable
et la pluie est tombée
    et les torrents sont venus
    et les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison
et elle s'est écroulée
    et sa ruine a été grande »

(Matthieu 7, 21-27)

Commenter cet évangile