Partage d'évangile quotidien
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Les fils seront jetés dehors

Lun. 4 Décembre 2023

Chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle confiance, aussi je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant et s'attableront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume des cieux

Les fils du royaume seront jetés dehors : ces "fils du royaume" désignent les israélites, les juifs, le peuple "élu". Ce n'est pas le seul passage des évangiles qui soit ainsi sévère à l'égard du peuple de Jésus, et on doit, bien sûr, savoir relativiser ce que la formule a d'abrupt, de manichéen : beaucoup venant "du levant et du couchant" — autrement dit issus des "nations", des peuples non juifs —, prendront part au banquet du royaume avec Abraham, Isaac et Jacob, mais les juifs eux, tous les juifs, en seront exclus : on est vraisemblablement dans une provocation, destinée à faire réagir.

On sait que Jésus, au moins dans les débuts de son action publique, estimait ne pas avoir à s'occuper de ces "nations" (les goyim, les païens), il le dit lui-même à la Cananéenne (Matthieu 15, 24) : "je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël", et de même, quand il envoie les Douze en mission (Matthieu 10, 5-6) : "dans un chemin de païens n'allez point, dans une ville de Samaritains n'entrez point, mais allez vers les brebis perdues de la maison d'Israël". Visiblement, même s'il a pu se laisser fléchir en deux ou trois occasions (essentiellement celle-ci, du garçon du chef de cent, et celle de la fille de la Cananéenne), il est resté globalement fidèle à ce cadre qu'il avait énoncé initialement : il se considérait comme un réformateur du judaïsme, appelant ses coreligionnaires à revenir à l'esprit de leur vocation, comme l'avaient fait tous les prophètes qui l'ont précédé, et certainement pas comme le fondateur d'une nouvelle religion.

Un autre fait milite dans le même sens : si Jésus avait pensé qu'il lui soit possible d'ouvrir le champ de sa prédication directement au-delà du judaïsme, alors il l'aurait fait, et ne se serait pas laissé arrêter et mettre à mort... il serait parti prêcher dans le pourtour méditerranéen, comme le feront ses disciples par la suite. Mais ce développement ultérieur du christianisme n'a pas pour autant été nécessairement une trahison de celui dont il se réclame. On voit bien que, d'une part, la plupart des premiers disciples sont restés attachés à leur judaïsme et n'ont pas osé le remettre en cause, et ce sont plutôt les persécutions de la part de leurs autorités religieuses (grands prêtres, sanhédrin) dont ils ont été à leur tour les victimes, qui les ont fait se sentir pour le moins rejetés.

D'autre part, c'est aussi en partie la raison qui a poussé Jésus à accepter de mourir, qui est la cause de ce détachement du christianisme du judaïsme, un peu comme la chenille doit "mourir" pour devenir papillon. Bien sûr, la chenille ne meurt pas vraiment, c'est bien elle, rampante et quelque peu terre-à-terre, dépendante du lieu où elle est née, s'abritant au creux des feuilles, qui est devenue ce papillon voletant au gré du vent de fleur en fleur dans la lumière. Il ne s'agit pas ici de pousser cette comparaison trop loin, juste de comprendre que ce que le judaïsme peut croire être une trahison de la part du christianisme par rapport à ses origines, n'est peut-être qu'une apparence, même s'il y a eu aussi assez vite des excès, particulièrement celui d'identifier formellement, sans nuances, l'homme Jésus à Dieu lui-même.

Personnellement, je ne crois pas en ce Dieu qui serait tellement manchot qu'il ne serait pas capable de s'adresser directement et personnellement à absolument chaque être humain. Le Dieu que je connais est bien celui-là, qui me parle, comme je suis sûr qu'il ne peut que parler aussi à chacune et chacun, présent au plus intime de nos êtres, plus intime que le plus intime de nous-mêmes, et que, pour cette même raison, nous ne pouvons qu'infiniment respecter en chacune et chacun. Et il n'est même pas nécessaire de croire en lui, ni même qu'il existe, peu importe, l'esprit reste quand même celui-ci, le même, cette réalité sacrée au cœur de nos cœurs, au cœur du cœur de tous, au cœur du cœur de chacune et de chacun.

 

 

puis il entra dans Capharnaüm
et s'approcha de lui un chef de centaine,
    le suppliant en disant :
« Seigneur ! mon garçon gît à la maison,
paralysé, terriblement tourmenté »
    il lui dit :
« Moi, je viens et je le guérirai »
    mais répondant, le chef de cent dit :
« Seigneur ! je ne suis pas digne
    que tu viennes sous mon toit,
mais dis seulement une parole !
    et il sera guéri, mon garçon ;
car moi je suis un homme soumis à une autorité
    et j'ai sous moi des soldats,
et je dis à celui-ci "Va !" et il va,
    et à un autre "Viens !" et il vient,
et à mon serviteur "Fais ceci !" et il le fait. »

alors ayant entendu, Jésus l'admira
    et il dit à ceux qui le suivaient :
« Amen ! je vous dis,
    chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle confiance,
aussi je vous dis
que beaucoup viendront du levant et du couchant
    et s'attableront avec Abraham et Isaac et Jacob
    dans le royaume des cieux,
mais les fils du royaume
    seront jetés dehors dans la ténèbre extérieure,
là seront le pleur
    et le grincement des dents »

    et Jésus dit au chef de centaine :
« Va ! ce que tu as cru, qu'il en soit ainsi pour toi ! »
et il a été guéri le garçon à cette heure-là

(Matthieu 8, 5-13)

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