À côté de ses pompes
Ils sont inquiets, les autorités n'aiment jamais ça, quand le peuple entre en effervescence, elles ont déjà arrêté et exécuté son cousin, et ça va être son tour maintenant, s'il continue comme ça.
Il est hors de lui : non pas dans le sens d'être en colère, mais plutôt à côté de ses pompes, il plane, il ne voit pas ce qui est en train de se passer, il ne voit pas que, si il continue comme ça, avec toute cette agitation qui se produit autour de lui, ça va mal finir pour lui. Ils sont inquiets, les autorités n'aiment jamais ça, quand le peuple entre en effervescence, elles ont déjà arrêté et exécuté son cousin, et ça va être son tour maintenant, s'il continue comme ça. Peut-être bien qu'il ne le fait pas exprès, tous ces gens qui retrouvent la santé rien qu'en touchant ses vêtements, il est bien possible qu'il n'y soit pour rien, mais le résultat est le même, c'est lui le centre de tout ça, c'est lui la tête à abattre. On ne peut pas laisser faire ça, on doit le sauver malgré lui, il y va de l'honneur de la famille.
Marc est le seul à nous donner la clé de cette scène qui va se passer un peu plus tard, rapportée elle par les trois synoptiques, où la mère et les frères de Jésus vont se présenter à la porte de cette maison prise d'assaut par la foule. S'ils vont lui demander de sortir et venir à eux, ce n'est pas juste pour lui faire la bise comme ça en passant ! et s'il va répondre avec cette phrase qu'on peut trouver choquante, que sa vraie mère et ses vrais frères ce sont ses disciples, ce ne sont pas juste des paroles en l'air : il le sait très bien, ce qui va finir par se passer, ce qui lui pend au nez, et il s'en méfie lui aussi, mais lui ce n'est pas tant parce qu'il aurait peur de mourir. Non, cela en soi n'est pas le plus important pour lui.
Ce qui lui pose problème, il le dira encore un peu plus tard, c'est qu'à cause de ces "miracles", de ces événements surprenants, hors de l'ordinaire, qui se produisent lorsqu'il est là, les gens se déresponsabilisent, ils deviennent comme des enfants qui attendent tout d'une figure providentielle, ils vont vouloir faire de lui leur roi, comme un père qui pourrait satisfaire par magie tous leurs besoins. Mais ils ont un seul père, et c'est Dieu, et lui, Jésus, n'a aucune intention de s'interposer entre eux et lui, et évidemment encore moins de prendre sa place. Il veut juste témoigner de lui, témoigner de ce qu'il vit pour sa part avec lui, et qu'il n'y a aucune raison pour que tout un.e chacun.e ne puisse vivre aussi exactement la même chose.
Dieu, la transcendance, est là tout près de nous, au cœur du cœur de notre intimité, comme notre être même, et dès lors, il n'y a plus besoin de quelque autorité religieuse que ce soit, ni sous forme de personnel, de clercs, ni même sous forme de rites, de pratiques, si ce n'est qu'éventuellement on peut avoir envie d'échanger et de partager sur ce qu'on vit là. Mais échanger, partager, sans norme, sans référence à l'aune de laquelle jauger nos expériences personnelles. Juste cela : nous réjouir de ce qu'elles ont de commun, et nous émerveiller de ce en quoi elles diffèrent. Sans norme : n'est-ce pas évident, comment pourrait-on normer ce qui n'en a pas ?
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et il va à la maison
et de nouveau se réunit la foule
au point qu'ils ne peuvent même pas
manger le pain
et ayant entendu
ses parents partirent pour s'emparer de lui, car ils disaient
« il est hors de lui »
(Marc 3, 20-21)

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