Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Maîtres et disciples

Mar. 2 Janvier 2024

Il y a eu une époque où il ne savait pas qui il était, quel rôle il pourrait avoir, il était en recherche de lui-même, une histoire comme pour nous tous, qu'avons-nous à faire de notre vie, juste manger boire et dormir, ou quoi d'autre ?

Jean le Baptiste assure que non seulement il n'est pas le messie, mais pas même Élie, ni encore "le" prophète, c'est-à-dire celui dont Moïse avait prédit la venue, aussi grand que lui, Moïse. Ces deux figures, Élie et "le" prophète, font partie des supputations courantes au sujet du messie, que le messie serait Élie revenant sur terre après sa montée au ciel dans un char de feu directement sans passer par la case "mort", ou que le messie serait ce prophète annoncé par Moïse. En niant être ni l'un ni l'autre, Jean élimine à fond toute possibilité de l'identifier à ce messie attendu par tous à l'époque. Jean se contente de préparer la venue de ce messie par son baptême, par son baptême il prépare un peuple saint pour la venue de son Dieu saint.

Nous pouvons accorder une assez grande fiabilité à cette description de Jean le Baptiste, du fait que l'évangéliste Jean a très vraisemblablement été son disciple, étant plus précisément, avec André, l'un des deux premiers disciples du Batiste auxquels ce dernier désignera Jésus comme étant le messie, l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, celui qui baptise dans l'Esprit. Mais ce ne sont pas seulement l'évangéliste Jean, et André, et Pierre, et Philippe, et Nathanaël, qui ont été disciples du Baptiste avant de devenir ceux de Jésus, c'est aussi Jésus lui-même, comme l'indique ce premier chapitre de cet évangile, qui se passe avec tout ce petit monde dans l'entourage du Batiste, Jésus y compris... comme le dit d'ailleurs aussi explicitement l'expression "lui vient derrière moi".

En effet, un disciple, c'est celui qui marche derrière son maître, qui marche sur ses pas, jusqu'à ce qu'éventuellement un jour il devienne à son tour un maître. Quand Jésus annoncera pour la première fois comment il finira et que Pierre lui en fera le reproche, la réponse de ce dernier "passe derrière moi, satan" est un rappel à Pierre de sa place en tant que disciple : derrière son maître. Ici, le Baptiste parle donc clairement de Jésus comme son disciple, tout en encadrant ce "lui vient derrière moi", d'une part par un "qui vous n'avez pas connu" qui est une des caractéristique du messie (quand il viendra on ne connaîtra pas d'où il viendra), et d'autre part par le "je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale", qui rétablit la vraie hiérarchie, spirituelle, entre eux deux, puisqu'un maître pouvait demander à ses disciples d'effectuer à peu près n'importe quelle tâche pour le servir, à une seule exception, celle de lui enlever ses chaussures, tâche qui, par excellence, ne pouvait incomber qu'à des esclaves !

Jésus disciple du Baptiste ? oui, cela signifie qu'il y a eu une époque où il ne savait pas qui il était, quel rôle il pourrait avoir, il était en recherche de lui-même, une histoire comme pour nous tous, qu'avons-nous à faire de notre vie, juste manger boire et dormir, ou quoi d'autre ? Jésus a entendu parler de Jean Baptiste, et cela lui a parlé, il s'est intéressé à ce qu'il disait. Peut-être est-il venu une première fois, puis reparti, méditant les paroles de l'ascète tout en continuant sa vie ordinaire de travail à Nazareth, puis revenu une deuxième fois, un peu plus longtemps... jusqu'à ce qu'il décide de se soumettre, comme tant d'autres, à ce rite du baptême d'eau. Si on suit les évangiles synoptiques sur ce point-ci précis, ce serait à ce moment-là que Jean aurait su que Jésus était le messie, et aussi à ce moment-là que Jésus, lui-même, aurait reçu une révélation sur sa vocation.

Ceci ne signifie pas que Jésus ait su alors qu'il était Dieu ! une vocation, on ne la connaît jamais pleinement, on ne sait jamais tout, elle évolue toujours toute notre vie durant, et il n'y a aucune raison pour qu'il n'en ait pas été de même pour Jésus. On se trompe, les chrétiens se trompent, quand on rétro-projette sur le Jésus historique ce à quoi on a cru pouvoir conclure jusqu'à seulement trois ou quatre siècles après sa mort ! Je suis convaincu pour ma part qu'il ne s'est jamais considéré lui-même ainsi, comme l'incarnation, unique dans toute l'histoire de l'univers, de Dieu... à la rigueur a-t-il pu penser cela en constatant, après sa mort, qu'il avait été ressuscité ? mais même cela, personnellement, j'en doute.

 

 

et tel est le témoignage de Jean
quand les Judéens de Jérusalem envoyèrent vers lui
    prêtres et lévites pour le questionner
« toi, qui es-tu ? »
et qu'il a déclaré — il n'a pas nié mais il a déclaré —
    « moi, je ne suis pas le messie »
et ils l'ont questionné : « quoi alors ? toi, es-tu Élie ? »
    il a dit « je ne suis pas »
« es-tu le prophète ? »
    et il a répondu
« non »
    aussi lui ont-ils dit
« qui es-tu ?
    afin que nous donnions une réponse
    à ceux qui nous ont envoyés,
que dis-tu de toi-même ? »
    il disait
« moi, je suis une voix criant dans le désert
    "rendez droit le chemin de YHWH"
comme a dit Isaïe le prophète »

et des envoyés étaient des pharisiens
    et ils le questionnèrent et lui dirent
« pourquoi alors baptises-tu
    si, toi, tu n'es pas le messie ni Élie ni le prophète ? »
    Jean leur répondit en disant
« moi, je baptise dans l'eau,
au milieu de vous se tient qui vous n'avez pas connu,
lui vient derrière moi,
lui dont je ne suis pas digne
    de délier la courroie de sa sandale »

ceci se passa à Béthanie au-delà du Jourdain
    où Jean baptisait

(Jean 1, 19-28)

Commenter cet évangile

R
Pour Claude Tresmontant, Jésus n'est pas le Logos (lequel appartien à Dieu, comme ma parole m'appartient, non comme un être différent de Dieu, le père). Dieu est un, simple. Il n'y a pas 3 personnes en Dieu. Donc, Jésus n'est pas une des personnes en Dieu.
Répondre
A
Je ne sais pas exactement ce que pensait Tresmontant à ce sujet. Mais le dogme chrétien n'identifie de toutes façons pas l'homme Jésus au Logos !<br /> <br /> Concernant la Trinité, ce que vous rapportez ici est conforme au dogme, Dieu est un ; le problème avec la notion de personne est qu'elle ne veut plus du tout dire de nos jours ce qu'elle signifiait quand elle a été utilisée au début (persona signifiait "masque" "apparence", donc trois "persona" voulait dire que, pour notre compréhension humaine limités, Dieu peut nous apparaître sous trois aspects qui nous semblent à nous différents, mais il n'y a bien qu'un seul Dieu).<br /> <br /> Concernant Jésus, le dogme cette fois-ci parle de deux "natures", la nature humaine et la nature divine, et que ces deux natures sont à la fois sans confusion et sans séparation. Tresmontant ici détaille : deux natures, cela veut dire notamment deux volontés distinctes. Sans confusion : la volonté humaine existe indépendamment de la volonté divine, chacune prend des décisions indépendamment de l'autre. Sans séparation : il se trouve que chacune des deux volontés a toujours pris, sans concertation, les mêmes décisions que l'autre...<br /> <br /> En tout cas, il est certainement abusif de dire "Jésus est Dieu" comme le disent couramment les chrétiens... Jésus est "et homme et dieu"