N'oublie pas le pain !
Qu'il y ait réellement eu du pain qui se soit matérialisé en provenance de ce que nous appellerions de nos jours le vide quantique, ou qu'il y ait eu comme une hallucination de type hypnotique...
Ce qui différencie cette seconde multiplication de pains de la première est principalement une question de nombres ; dans la première il est question de cinq pains pour nourrir cinq mille hommes (sans compter femmes et enfants, ajoute Matthieu) alors que dans celle-ci il y a sept pains pour quatre mille personnes. Mis à part ça, l'histoire est à peu près la même, il y a une foule, ils n'ont rien à manger, on est loin de tout, alors Jésus rompt les pains et donne les parts aux disciples qui les donnent à leur tour à la foule et, sans qu'on sache comment cela se fait, toujours est-il que Jésus ne cesse de donner des parts, tant et si bien qu'à la fin on en ramasse — autre différence de nombres — douze paniers de surplus lors de la première multiplication et sept lors de la seconde.
Mais la différence essentielle entre les deux épisodes est que le premier se déroulait sur la terre d'Israël alors que le second, du moins chez Marc, se déroule en terre païenne. Pour certains, les trop grandes similitudes entre les deux récits seraient un signe qu'il n'y en avait à l'origine qu'un seul, qui aurait été dupliqué ultérieurement, à partir du moment où les premiers chrétiens se sont résolument tournés en direction des païens. Cependant, le fait que Matthieu — qui, lui, n'est pas du tout du côté de ceux qui approuvent cette ouverture en direction des étrangers — rapporte pourtant cette seconde multiplication, plaide au contraire pour son authenticité.
La réalité de ce qui a pu se passer lors de l'un ou l'autre des deux épisodes est une autre question. Mais qu'il y ait réellement eu du pain qui se soit matérialisé en provenance de ce que nous appellerions de nos jours le vide quantique, ou qu'il y ait eu comme une hallucination de type hypnotique, ou quelque autre explication, importe peu sur le fond. Le résultat, au moins pour ce qui est de la première fois, c'est l'évangile de Jean qui le dit le plus clairement : la foule voulait emmener Jésus de force à Jérusalem pour en faire leur roi, les autorités religieuses de Jérusalem l'ont su (et donc Jean aussi, l'évangéliste, membre de la famille du grand prêtre Hanne...), et c'est là qu'elles ont décidé de faire mourir Jésus.
Mais si les évangiles ont conservé le souvenir de ces événements, c'est surtout à cause de leur valeur symbolique en lien avec cette pratique qui va devenir fondamentale dans le christianisme naissant, l'eucharistie, la messe ou célébration mémorielle de la Cène. C'est là encore l'évangile de Jean qui fait le lien le plus explicitement : ce pain multiplié est similaire à celui qui sera partagé aussi en quantité aussi nombreuse que voulue pour la communion sacramentelle. Jésus donnera alors, non pas simplement du pain pour nourrir les corps, mais sa propre personne pour nourrir les âmes.
Qu'en est-il de ce dernier symbolisme, c'est là encore une autre question. Il est certain que l'hostie n'est en aucune façon constituée de cellules animales... mais bien de pain. La présence peut pourtant être réelle, mais seulement spirituellement parlant, pas physiquement. Est-il nécessaire de passer par ce rite pour entrer en contact avec cette présence spirituelle et en vivre ? selon Jésus lui-même, dès que deux ou trois se réunissent en son nom il est là. Certes, il est dit être là "au milieu" des deux ou trois, et non pas "en" eux. Et alors ?
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En ces jours-là il y avait de nouveau une foule nombreuse,
et ils n'avaient pas de quoi manger
ayant appelé à lui les disciples il leur dit
« je suis remué jusqu'aux entrailles pour la foule
parce que voici déjà trois jours qu'ils restent auprès de moi
et ils n'ont pas de quoi manger
et si je les renvoie à jeun dans leur maison
ils défailleront en chemin
car certains d'entre eux sont venus de loin »
et ses disciples lui ont répondu
« d'où quelqu'un pourrait-il ici les rassasier de pain
dans ce désert ? »
mais il leur demandait
« combien avez-vous de pains ? »
et ils dirent
« sept »
alors il enjoint à la foule de s'installer par terre
et ayant pris les sept pains
et ayant rendu grâce il rompit
et il donnait à ses disciples pour qu'ils servent
et ils servirent à la foule
— ils avaient aussi quelques petits poissons
et les ayant bénis il dit de les servir aussi
et ils mangèrent et furent rassasiés
et ils ramassèrent des parts
sept paniers de surplus
alors qu'ils étaient environ quatre mille
puis il les renvoya
et aussitôt étant monté dans la barque avec ses disciples
il vint dans la région de Dalmanoutha
(Marc 8, 1-10)

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