Partage d'évangile quotidien
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Aînés et cadets

Sam. 2 Mars 2024

Un homme avait deux fils et le plus jeune des deux dit au père "père, donne-moi la part des biens qui me revient !" et il leur partagea les biens, et il partit pour un pays lointain et là il dilapida ses biens

Cette histoire de deux frères, avec un aîné sage et obéissant, parfaitement dans les clous, et un cadet qui n'en fait qu'à sa tête et ne pense qu'à sa pomme, me rappelle irrésistiblement cette autre histoire, antédiluvienne (littéralement), de deux frères aussi, un aîné et un cadet aussi, et où l'aîné se met en colère contre son frère et contre son "père" YHWH, je parle bien sûr de Caïn et Abel. Mais, me direz-vous, la comparaison ne fonctionne qu'à moitié, en quoi Caïn aurait-il été sage et obéissant, parfaitement dans les clous, et Abel n'en faisant qu'à sa tête et ne pensant qu'à sa pomme ? Pour comprendre cela, il nous faut donc faire un retour en arrière jusqu'aux origines...

Il faut nous rappeler que, dans le jardin d'Éden, YHWH n'avait donné pour nourriture à Adam et Ève que des fruits d'arbres. On peut éventuellement élargir la notion de fruit à tout ce qui est consommable sur une plante, mais en tout cas il n'était pas question de manger des animaux. Les animaux, Adam leur avait donné à chacun un nom, les faisant ainsi comme des amis, des amis qui ne comblaient cependant certes pas tous ses besoins de relations sociales, mais en tout cas pas destinés à lui servir de nourriture. Et quand, après avoir mangé du seul arbre qu'ils n'auraient pas dû, YHWH força Adam et Ève à sortir du jardin d'Éden, il n'y eut pour autant rien de changé dans leur régime alimentaire, la seule chose, c'est que pour faire pousser leurs fruits et leurs légumes ils allaient devoir désormais suer et se bagarrer avec les pierres et les épineux...

En fait, il faut attendre la fin du déluge et la sortie de Noé et sa famille de l'arche, pour que YHWH autorise les hommes à manger des animaux, mais jusque là, leur régime alimentaire selon l'ordre voulu par YHWH, c'est le végétarisme. Qu'est-ce que c'est donc que cette histoire d'Abel qui, contrairement à Caïn qui était cultivateur, se fait pour sa part éleveur ? Ah oui ? YHWH a dit qu'on devait suer de notre front pour faire pousser notre nourriture, mais pour moi, travailler c'est trop dur, rester toute la journée courbé sur la terre, terminer le soir les reins en compote, et tout ça juste pour manger quelques feuilles et racines dures et fibreuses, comparées à du lait de mes brebis et à la chair juteuse de mes chevreaux ? Et puis, j'ai une belle vie, je passe mon temps à me promener derrière le troupeau, en jouant du flûtiau...

Oui, mais voilà, Abel sait bien quelque part dans un coin de sa tête qu'il y a l'autre, là, le YHWH, alors, pour l'amadouer, ou pour essayer de se rattraper, il lui offre ce qui a le plus d'importance pour lui, ce qui lui tient le plus à cœur : des premières-nées de son troupeau. La nuance est importante : pas des premiers-nés mais des premières-nées. C'est important parce que, pour un éleveur, ce qui compte c'est de pouvoir agrandir son troupeau, et pour cela c'est de femelles qu'il a besoin, alors qu'un seul mâle suffira à assurer la reproduction, sans compter que ce sont les femelles qui donnent du lait ! Et voilà donc Abel qui offre ces premières-nées ; il prend un risque, celui que les futures mises bas de l'année ne donnent que des mâles, ce qui l'obligerait à attendre un an de plus pour renouveler son cheptel.

En comparaison, Caïn a été bien sage, il s'esquinte la santé à longueur de journée pour une nourriture qui le sustente à peine (il n'a peut-être pas encore appris à associer céréale et légumineuse dans son bol alimentaire ?), alors quand il voit Abel offrir un sacrifice à YHWH, il se dit qu'il faudrait peut-être qu'il en fasse autant, mais que va-t-il offrir ? bah, voilà, il peut bien quand même se passer de quelques uns de ces produits de son labeur, mais il ne fait sans doute pas d'effort, il ne va quand même pas donner les meilleurs. Le texte, qui souligne que Abel donne des premières-nées, ne dit pas que Caïn donne les plus beaux fruits, mais seulement "des" fruits. Contrairement à ce qu'affirment certains tenants d'un Dieu arbitraire et qui ne donnerait sa grâce qu'au bon vouloir de son caprice, il y a bien une différence qualitative entre les deux sacrifices, et donc entre les intentions.

Reste à comprendre ce Dieu qui accorde apparemment plus d'importance au repentir d'un instant qu'à une vie entière d'obéissance ? car c'est bien là que les deux histoires se rejoignent...

 

 

alors s'approchaient de lui
    tous les taxateurs et les pécheurs pour l'entendre
et protestaient tant les pharisiens que les scribes
    en disant
« celui-ci accueille les pécheurs et mange avec eux »
    alors il leur répondit ce mashal disant :
« un homme avait deux fils
    et le plus jeune des deux dit au père
"père, donne-moi la part des biens qui me revient !"
    et il leur partagea les biens

puis après pas beaucoup de jours
ayant tout rassemblé le plus jeune fils
    partit pour un pays lointain
et là il dilapida ses biens
    en vivant dans la débauche
mais quand il eut tout dépensé
    survint une forte famine dans ce pays-là
et lui commença à manquer
alors il alla et se lia à l'un des citoyens de ce pays-là
    et il l'envoya dans ses champs paître des cochons
et il désirait remplir son ventre des caroubes
    que mangeaient les cochons
mais personne ne lui donnait
    alors étant rentré en lui-même il disait
"combien de salariés de mon père
    ont du pain en surplus
et moi ici de famine je meurs ?
je vais me lever et j'irai vers mon père
    et je lui dirai
père j'ai péché envers le ciel et devant ta face
    je ne suis plus digne d'être appelé ton fils
traite-moi comme un de tes salariés !"

et s'étant levé il alla vers son père
mais quand il était encore éloigné à grande distance
    son père le vit
et il fut remué jusqu'aux entrailles
et ayant couru il se jeta à son cou
    et le couvrit de baisers
    alors le fils lui dit
"père j'ai péché envers le ciel et devant ta face
    je ne suis plus digne d'être appelé ton fils..."
    mais le père a dit à ses serviteurs
"vite apportez le plus beau vêtement
    et vêtez-le !
et mettez un anneau à sa main
    et des sandales à ses pieds
et apportez le veau gras
    et sacrifiez-le et mangeons et festoyons !
car mon fils que voilà
    était mort et il est revenu à la vie
    il était perdu et il a été retrouvé"
et ils commencèrent à festoyer
    
or son fils, l'aîné, était au champ
    et comme il revenait il approcha de la maison
il entendit musique et chœurs
    et ayant appelé à lui un des garçons il s'enquérait
"qu'est-ce que c'est que tout ça ?"
    et il lui dit
"ton frère est venu
et ton père a sacrifié le veau gras
    parce qu'il l'a retrouvé entier"
alors il se mit en colère et ne voulait pas entrer
    et son père sortit et le suppliait
    mais répondant il dit à son père
"voilà tant d'années que je te sers
et jamais
    je n'ai transgressé un de tes commandements
et à moi jamais
    tu n'as donné un chevreau pour qu'avec mes amis je festoie
mais quand ton fils que voilà
    qui a dévoré ton bien avec des prostituées
est revenu, tu as sacrifié pour lui le veau gras !"

    alors il lui dit
"enfant, toi tu es toujours avec moi
    et tout ce qui est mien est tien
mais il fallait festoyer et se réjouir
parce que ton frère que voilà
    était mort et il est revenu à la vie
    et il était perdu et il a été retrouvé !" »

(Luc 15, 1-3.11-32)

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