Satan à la manœuvre
Les guérisons se produisaient pour l'essentiel parce que les gens y croyaient ; c'était une réputation qui s'était répandue par bouche à oreille, et par le simple fait qu'on y croit dur comme fer cela arrive, cela se produit.
Le satan, Béelzeboul, le démon, le diable, il y a de nombreux noms pour désigner un principe du mal, personnifié, et qui se poserait comme une sorte de vis-à-vis d'un principe du bien, personnifié lui aussi, Dieu. On peut discuter du bien-fondé de tels concepts, on peut discuter plus spécifiquement du bien-fondé de leur personnification, mais prenons-les pour l'instant tels quels et essayons d'examiner si l'accusation de "certains" à l'encontre de Jésus, accusation d'opérer ses guérisons par le pouvoir du "démon", pourrait avoir quelque pertinence.
Il est certain que ce sont précisément ces guérisons qui vont valoir au guérisseur de finir sur une croix. C'est l'évangile de Jean qui le révèle : à la multiplication des pains, la foule était prête à emmener Jésus de force à Jérusalem pour le faire roi, c'était une insurrection ; et c'est encore l'évangile de Jean qui le rapporte : le sanhédrin savait que si un tel mouvement insurrectionnel se produisait, le résultat serait une répression de la part de Rome qui ne se soucierait pas de chercher à savoir qui est le responsable ; l'évangile parle même de la ruine de Jérusalem et donc du Temple... Par conséquent, leur responsabilité était de mettre hors d'état de nuire celui qui était à l'origine de ce désordre.
Et de fait, on peut très bien envisager, d'une part, que ces guérisons se produisaient pour l'essentiel parce que les gens y croyaient ; c'est une réputation concernant Jésus qui s'était répandue par bouche à oreille, c'est le buzz même sans réseaux sociaux, et par le simple fait qu'on y croit dur comme fer, sans aucun doute, sans aucune réticence, cela arrive, cela se produit. D'autre part, Jésus sait très bien que cet enthousiasme lui vaut d'être pris pour le messie, dans le sens que les gens entendaient par là, celui du chef pas seulement spirituel mais aussi et surtout politico-militaire, et s'il y a un fait dont nous puissions être certains, c'est que cela ne faisait pas partie de ses projets.
C'est ainsi qu'on le voit râler contre cette réputation qui s'est répandue à son sujet, qu'il commence d'abord par exiger des malades guéris qu'ils n'en disent pas un mot à personne, ou même qu'il se fait tirer l'oreille, comme avec le père d'un fils épileptique après la transfiguration : jusques à quand vais-je devoir vous supporter ! ceci d'ailleurs dit tant à l'adresse de ces malades sans cesse pendus à ses basques qu'à celle de ses disciples au sujet desquels il ne se fait plus guère d'illusions, si tant est qu'il en ait jamais eu...
Mais de là à le considérer comme complice du démon, évidemment et certainement pas. Si le démon existe, on peut effectivement considérer qu'il est à la manœuvre dans ces histoires, mais dans l'esprit des bénéficiaires, pas dans celui du thaumaturge.
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et il était à expulser un démon
et celui-ci était muet
or il arriva que le démon étant sorti
le muet parla
et la foule s'émerveilla
mais certains d'entre eux dirent
« c'est par Béelzeboul le chef des démons
qu'il expulse les démons »
et d'autres pour l'éprouver
cherchaient de lui un signe du ciel
alors lui connaissant leurs pensées leur dit
« tout royaume ayant été divisé en lui-même
part en ruine
et maison sur maison tombe
alors de même si le satan est divisé en lui-même
comment tiendra son royaume ?
— puisque vous dites que c'est par Béelzeboul
que j'expulse les démons —
et si moi c'est par Béelzeboul
que j'expulse les démons
vos fils, par qui
les expulsent-ils ?
c'est pourquoi eux-mêmes seront vos juges...
mais si c'est par le doigt de Dieu
que moi j'expulse les démons
alors c'est qu'il est venu à vous, le royaume de Dieu
quand le fort bien armé garde sa demeure
ses biens sont en sécurité
mais quand un plus fort que lui étant survenu le vainc
il lui enlève son armement en quoi il se confiait
et distribue son butin
qui n'est pas avec moi
est contre moi
et qui ne rassemble pas avec moi
disperse »
(Luc 11, 14-23)

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