Partage d'évangile quotidien
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Au service des hommes

Ven. 19 Juillet 2024

La phrase finale de ce passage, "il est maître du sabbat le fils de l'homme", ne désigne vraisemblablement pas Jésus seul, mais tout homme, toute personne.

Il y a "du" plus grand que le Temple ici : la plupart des traductions disent seulement que "il y a plus grand que le Temple", ce qui fait qu'on pense que Jésus est en train de parler de lui-même, mais ça ne peut pas être le cas, car ce "plus grand", en grec, est du genre neutre, et non pas masculin (encore moins féminin...). Pour que ce "plus grand" désigne Jésus, il aurait fallu qu'il soit au masculin ! Et on trouve le même cas de figure un peu plus loin, où il est dit que il y a "plus que Jonas ici" (Matthieu 12, 41 ; //Luc 11, 31), puis "plus que Salomon ici" (Matthieu 12, 42 ; //Luc 11, 32) : à chaque fois, ce "plus" est un neutre, alors qu'on aurait encore plus pu s'attendre à un masculin (ou même pourquoi pas un féminin...) pour parler de personnes "plus" que d'autres personnes...

Ces neutres ne semblent donc pas être des erreurs, des bizarreries sans signification ; ils sont voulus : Jésus n'est pas en train de se donner une stature au-dessus de tout un chacun, en tout cas pas directement, mais il parle là plutôt de la situation en elle-même, il parle vraisemblablement du fait, dont il est convaincu, que le Royaume est désormais tout proche, et même partiellement déjà là, et que, dans le Royaume, il n'y aura plus de Temple, il n'y aura plus de rites ni de sacrifices se déroulant dans un lieu et en des temps précis, car ce sera toute la vie, tout l'univers, tout acte, toute personne, qui, en toute chose, rendrons grâce et glorifieront Dieu.

Jésus, donc, ne se place pas là au centre de ces temps qui approchent, encore moins à leur origine. Il met certes tout son cœur à faire advenir ces temps, dans la mesure où cela lui est possible, mais il considère qu'il n'est là que comme un des ouvriers qui œuvrent à cet événement ; il en est un témoin, sans doute privilégié, mais c'est le Père qui en est le principal artisan, et toujours, toujours, toujours, dans les évangiles, Jésus ne cesse de montrer le Père, de s'effacer devant lui.

La phrase finale de ce passage, "il est maître du sabbat le fils de l'homme", ne désigne alors vraisemblablement pas non plus Jésus seul, mais tout homme, toute personne. L'évangile de Marc, dans sa version parallèle de cette histoire (Marc 2, 23-28), est le plus clair sur ce point, faisant précéder le fils de l'homme maître du sabbat par "le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat", ce dont la conclusion logique est alors que c'est l'homme qui compte plus que les règles du sabbat, l'homme est plus important que le sabbat, il est maître du sabbat.

Des siècles de christianisme nous ont fait croire que cette expression, "le fils de l'homme", serait un titre que Jésus se serait attribué à lui-même, en référence au "comme un fils d'homme" qu'on trouve dans le livre de Daniel. Mais, d'une part, dans cette vision de Daniel, il n'est pas évident du tout que le "comme un fils d'homme" désigne une personne, il semble même à peu près certain que, tout comme les trois bêtes qui le précèdent dans cette vision symbolisent des empires envahisseur d'Israël, de même le "comme un fils d'homme" désigne en réalité l'ensemble du peuple élu, Israël... D'autre part, en hébreu comme en araméen, l'expression "un fils d'homme" signifie simplement "un homme", "un être humain", et c'est donc bien "seulement"  de cela qu'il s'agit ici, avec ce fils de l'homme : l'homme est maître du sabbat.

 

 

en ce temps-là un jour de sabbat
    Jésus passa à travers les champs de céréales
or ses disciples eurent faim
    et ils se mirent à cueillir des épis et à manger
mais les pharisiens l'ayant vu
    lui dirent
« vois ! tes disciples font
    ce qu'il n'est pas permis de faire
un sabbat »
    alors il leur dit :

« n'avez-vous pas lu ce que fit David
    quand il eut faim
ainsi que ceux avec lui ?
    comment il est entré dans la maison de Dieu
et ils ont mangé les pains d'offrande
    qu'il n'était pas permis de manger
ni à lui ni à ceux avec lui
    mais seulement aux prêtres

ou n'avez-vous pas lu dans la torah
    que les jours de sabbat
les prêtres dans le Temple profanent le sabbat
    et sont innocents ?
or je vous dis
qu'il y a du plus grand que le Temple
    ici

mais si vous aviez connu ce qu'est
    "c'est la bienveillance que je veux
    et non le sacrifice"
vous n'auriez pas condamné les innocents !
    car
il est seigneur du sabbat
    le fils de l'homme »

(Matthieu 12, 1-8)
    

 

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