Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Mon enfant, mon bien-aimé

Sam. 20 Juillet 2024

Voici mon enfant que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui mon âme s'est complu ! Je mettrai mon esprit sur lui, il ne disputera pas ni ne criaillera, le roseau froissé il ne le brisera pas, la mèche fumante il ne l'éteindra pas...

Il les guérit tous, mais il leur demande, il leur enjoint, de ne pas dire que c'est lui qui l'a fait : il y a plusieurs raisons à cela. La première est que, réellement, ce n'est pas lui qui les a guéris : cette façon de dire les choses est un raccourci, c'est par lui que cela se produit, mais, à travers lui, c'est en fait Dieu, celui qu'il appelle son père, qui agit, et nul ne peut s'identifier à son propre père (non plus qu'à sa mère, pour une femme), nul ne peut prétendre s'être engendré soi-même. Si les évangiles nous montrent un Jésus qui parle toujours de Dieu comme étant son père, cela signifie à la fois la proximité qu'il y avait entre eux, mais à la fois aussi la distinction qu'il a toujours maintenue. Jésus ne se considérait certainement pas comme étant lui-même Dieu.

La seconde raison pour laquelle il intime, aux personnes qui se trouvaient guéries par son intermédiaire, de ne pas parler de lui, est qu'il sait ce que cela entraînera inéluctablement. Il sait que ce que les foules veulent voir en lui, c'est le messie politico-militaire qui va chasser les romains, mais il sait qu'il n'est pas un messie de ce type-là, qu'il ne va pas devenir ce chef de guerre qu'ils veulent, et que par conséquent tout cela ne pourra finir que étouffé dans l'œuf par la puissance de l'occupant, avec ou sans la complicité active des chefs religieux.

Mais surtout, en se focalisant sur lui, ces personnes guéries manquent l'essentiel : entrer elles-même en relation avec Dieu, avec le père, dans cette même relation que Jésus a avec lui ; elles ont été touchées par ce Dieu, il est venu jusqu'à elles, et c'est cela qui compte, c'est à partir de cela qu'elles peuvent, si elles le veulent, changer leurs perspectives ; elles ont expérimenté sa proximité au plus intime d'elles-mêmes, c'est cela qui importe, il est devenu pour elles aussi le père, celui qui les aime d'un amour infini. Sans doute ne l'ont-elles pas entendu leur dire : "tu es mon enfant bien-aimé, aujourd'hui je t'ai engendré", et qu'elles ne l'aient pas entendu au travers de cet événement qu'elles ont vécu, voilà ce qui est le plus regrettable, pour elles.

La longue citation d'Isaïe est alors certainement un commentaire que veut faire l'évangéliste, Matthieu, pour souligner l'humilité, la discrétion, de cette attitude de Jésus, et bien sûr que c'est le cas, Jésus veut s'effacer, mais il ne faudrait pas se tromper sur les raisons de cet effacement... On sait que le développement de ce thème du serviteur de YHWH dans ce livre d'Isaïe va aboutir à ce qu'on appelle le serviteur souffrant, celui qui, innocent, endure d'innombrables châtiments, et ce pour endosser, comme le bouc émissaire, tous les péchés du peuple à sa place !

Ce thème des souffrances rédemptrices assumées par Jésus est donc venu assez tôt dans la réflexion des premiers chrétiens, mais elle est de leur fait à eux, non du sien. Et malheureusement, elle va alors fatalement mener à sa déification, à l'interposer entre le Père et nous, contrairement donc à ce que lui souhaitait...

 

 

 

alors les pharisiens sont sortis
et ils on tenu conseil contre lui
    comment le perdre
mais Jésus l'ayant connu se retira de là

et le suivirent de grandes foules
    et il les guérit tous
et il les admonesta
    qu'ils ne le rendent pas célèbre
afin d'accomplir la parole émise par Isaïe le prophète
    disant
"voici mon enfant que j'ai choisi
    mon bien-aimé en qui mon âme s'est complu
je mettrai mon esprit sur lui
    et il annoncera aux nations païennes le jugement
il ne disputera pas ni ne criaillera
    et personne n'entendra sa voix dans les rues
le roseau froissé il ne le brisera pas
    la mèche fumante il ne l'éteindra pas
jusqu'à ce qu'il ait mené le jugement à la victoire
    et en son nom les nations païennes espéreront "

(Matthieu 12, 14-21)

Commenter cet évangile