École d'exception
C'est un fait, c'est un processus universel : un élève doit se mettre à l'école d'un maître, profiter de l'expérience de ce dernier, avant que de pouvoir ensuite voler de ses propres ailes.
Jésus fait la pub pour son école ! "Apprenez chez moi" : le verbe grec utilisé pour ce "apprenez" (mathete) est celui d'où a été tiré le nom commun "disciple" (mathétés), autrement dit, un disciple est celui qui apprend, qui est enseigné, auprès d'un maître ; c'est le même processus, la même réalité, vécus par de nombreux Juifs, qui se faisaient d'abord élèves d'un maître avant que de pouvoir éventuellement à leur tour devenir des maîtres. Mais c'est en fait un processus universel, un élève doit se mettre à l'école d'un maître, profiter de l'expérience de ce dernier, pour pouvoir ensuite voler de ses propres ailes.
Le "joug" est un mot qui désignait la Torah, comparée ainsi à un fardeau pesant, mais nécessaire pour être unis les uns aux autres au sein du peuple élu. Les différentes factions internes au judaïsme de l'époque — pharisiens, sadducéens, esséniens... — pouvaient avoir des perspectives assez, voire très, différentes les unes des autres, mais la Torah restait pour tous une référence, quitte à l'interpréter chacun à sa manière ! Et voici donc Jésus qui se met à lancer sa propre école d'interprétation. Plus exactement, il a déjà lancé des appels ponctuels à certains à "le suivre" (encore une périphrase qui désigne un disciple : celui qui suit son maître), mais cette fois-ci il adresse cet appel à tous, indifféremment, ne serait-ce peut-être que par l'intermédiaire de ces Douze qu'il vient de missionner...
Est-il gonflé de dire que son joug à lui est pesant, sa charge légère ? nous l'avons vu, au début du sermon sur la montagne, quand il se lance dans une série d'enseignements, basés sur une même rhétorique d'un "vous avez entendu qu'il a été dit..." — où "dit" signifie : dit par YHWH, dans la Torah — suivi d'un "et moi je vous dis...". Jésus a donc bien sa propre interprétation des Écritures, mais si on l'examine de plus près, on s'aperçoit que, pour justifier de ce fardeau bienfaisant et de cette charge légère qu'il promet, à côté de certaines prescriptions qu'il déclare obsolètes (par exemple, ne plus faire de serments ; ou ailleurs aussi, ne plus se préoccuper des règles de pureté légale au sujet des aliments), d'autres semblent à l'inverse nettement plus difficiles que celles de la Torah, comme l'interdiction pure et simple de répudier son conjoint, ou encore celle de, non seulement ne pas tuer, mais de ne pas même lancer une simple insulte à qui que ce soit, sans même compter les appels à la pauvreté, le pardonner soixante-dix-sept fois, etc.
Et pourtant c'est vrai que la richesse, la richesse excessive, pas la misère par contre, au-delà des apparences est un fardeau en ce qu'elle nous enferme finalement dans une dépendance à cette richesse. Pour le pardon aussi, en restant prisonniers de notre rancune ad vitam æternam, c'est en premier à nous-mêmes que nous faisons du tort, nous enfermant là aussi dans une autre forme de dépendance. Reste que, quand on a toujours fonctionné ainsi, il y a là des automatismes, appris ou innés ?, qui ne partiront pas tout seuls, sans efforts, mais au moins ces efforts ne seront pas à fournir toute notre vie, car ils deviendront effectivement de plus en plus minimes, contrairement aux dépendances, aux richesses ou aux rancunes, qui, elles, deviendront de plus en plus exigeantes, pesantes, asphyxiantes.
On peut noter enfin que, bien que ce ne soit pas dit explicitement dans les évangiles, et encore moins dans la tradition chrétienne qui s'est développée par la suite jusqu'à nos jours, Jésus a bien été à l'école d'un maître, avant de se lancer ici dans sa propre école ; ce maître, c'était Jean le Baptiste. Cette filiation spirituelle avait cependant une grande différence avec les filiations par rattachement à un maître pharisien ou sadducéen ou essénien : le Baptiste était un prophète, ce qui signifie que son enseignement dépassait celui des autres écoles en ce qu'il provenait directement de sa relation personnelle avec Dieu, ainsi qu'il en sera aussi pour Jésus. Ce dernier a donc eu, lui comme tout le monde, besoin d'un maître ; ne serait-ce que pour se faire authentifier par un autre que lui que, sa propre relation personnelle avec Dieu n'était pas pure lubie, fantasme, hallucination ?
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venez à moi !
vous tous qui êtes fatigués
et qui êtes chargés
et moi
je vous ferai reposer
prenez mon joug sur vous
et apprenez chez moi !
parce que je suis doux et humble
de cœur.
et vous trouverez le repos pour vos âmes
car mon joug est bienfaisant
et ma charge légère
(Matthieu 11, 28-30)

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