Nous les tout petits
Les savants et les intelligents ne savent pas qu'il leur manque l'essentiel. Ils en ont quand même comme une vague intuition, il peut y avoir en eux comme une sorte de malaise fugace, parfois, qu'ils s'efforceront d'éviter par tous les moyens...
Les savants : ceux qui débordent d'érudition ; ils en savent, ils en savent, des choses, mais ils ne savent pas à quoi ça peut leur servir ; ils ont accumulé et accumulé et ils continuent d'accumuler des savoirs, ils se construisent ainsi une magnifique cathédrale de savoir, mais il y a une seule chose qu'ils ne savent toujours pas malgré tout cela : c'est à quoi cela leur sert, à quoi cela pourrait bien leur servir, et c'est bien pour cette raison qu'ils accumulent ainsi, pour tenter — en vain, justement et malheureusement : telle est leur malédiction — de combler ce manque primordial, ce manque originel. Le péché ?
Les intelligents, c'est un peu différent, mais pas tant que ça ; on pourrait dire plus exactement les "trop intelligents", chez eux il n'y a que l'intelligence dans leur vie, c'est une sorte de fuite de leurs sensations, de leurs émotions, de leurs sentiments ; leur psychisme est réduit à cette seule fonction, ils en deviennent invivables pour leurs proches, ainsi que pour tous ceux qui dépendent d'eux s'ils ont une position sociale de responsabilité : ils se tiennent dans une attitude de surplomb, et ils ont toujours raison, mais de quelle raison... d'une raison souvent complètement déraisonnable au regard du simple bon sens.
Les savants et les intelligents ne savent pas qu'il leur manque l'essentiel. Ils en ont quand même comme une vague intuition, il peut y avoir en eux comme une sorte de malaise fugace, parfois, qu'ils s'efforceront d'éviter par tous les moyens, et on peut les comprendre, parce que s'ils finissent par l'écouter, par y faire attention, ce sera tout leur monde qui s'écroulera, ils seront perdus, ils n'auront souvent d'autre recours, d'autre issue, que le suicide ; plus ils seront avancés dans leur vie au moment de leur prise de conscience, plus la tâche leur sera quasiment impossible, parce qu'ils ne sauront pas espérer de l'aide de l'extérieur, n'ayant toujours compté que sur eux-mêmes.
D'un autre côté, nous les petits, nous ne savons généralement pas la chance que nous avons. Nous sommes heureux par rapport aux savants et aux intelligents, mais nous ne le savons pas forcément, souvent même nous les envions, nous les envions ou nous les admirons, nous avons du respect pour eux, eux qui savent et pas nous, du moins à ce que nous croyons... et nous avons donc tort ! Nous sommes heureux, nous ne le savions peut-être pas, mais maintenant si, et ce sont eux qui sont à plaindre. Réjouissons-nous en !
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à ce moment-là Jésus intervint
et dit
« Je te rends grâces père
Seigneur du ciel et de la terre
de ce que tu as caché ces choses
loin des savants et des intelligents
et les a révélées à des tout petits
oui père
car ainsi a-t-il semblé bon à tes yeux
tout m'a été transmis par mon père
et personne ne connaît bien le fils
sinon le père
et le père personne ne le connaît bien non plus
sinon le fils
et à qui le fils souhaite le révéler »
(Matthieu 11, 25-27)

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