Partage d'évangile quotidien
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Des liens du sang

Mar. 23 Juillet 2024

La raison pour laquelle le clan familial est descendu de Nazareth à Capharnaüm, c'était pour se saisir de lui, "car ils disaient qu'il était dérangé", qu'il déménageait, qu'il divaguait, qu'il avait perdu la raison...

Voici encore une des grandes ruptures opérées par Jésus, à peu près inacceptable par ses coreligionnaires (et presque tout autant par ses héritiers, à partir du moment où ils sont devenus une religion bien établie, voire hégémonique) : les liens du sang ne comptent pour rien ! au regard de la relation au Père. On peut chipoter, prétendre qu'il n'est pas dit explicitement qu'il considère que sa mère et ses frères naturels ne font pas aussi partie de ceux qui font la volonté du Père, mais c'est forcer le texte. On lui dit qu'ils sont là dehors et lui répond qu'elle est ici, dedans, sa famille spirituelle ! on ne peut pas être plus explicite.

D'autres passages militent pour qu'il y ait eu effectivement rupture entre Jésus et sa famille à partir du moment où il s'est lancé dans son ministère. En premier, l'explication, que seul Marc donne, de la raison pour laquelle le clan familial est ici descendu de Nazareth à Capharnaüm : "les siens sortirent pour se saisir de lui, car ils disaient qu'il était dérangé" (Marc 3, 21), qu'il déménageait, qu'il divaguait, qu'il avait perdu la raison... on voit donc que, du moins à ce moment-là, dans cette scène-ci, on doit exclure que sa famille faisait ainsi la volonté du Père ! Et on peut compter encore, dans le même sens, la scène du retour à Nazareth, le rejet dont Jésus est alors l'objet, où, bien que sa famille ne soit pas dite explicitement y avoir été présente, on n'imagine pas par quel hasard extraordinaire cela aurait été le cas...

D'autres passages confirment cette radicalité de l'appel, le plus extrême étant peut-être : "si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et ses sœurs et même lui-même, il ne peut pas être mon disciple" (Luc 14, 26) ! La formulation est peut-être volontairement dramatisée, d'autant que dans le passage parallèle de Matthieu (10, 37), il n'est pas demandé de "haïr" sa parenté, mais de ne pas "l'aimer plus" que Jésus. Mais l'essentiel est donc bien là, il s'agit au moins d'établir des priorités, les liens du sang sont parfaitement secondaires par rapport aux liens spirituels.

Nous ne nous rendons pas compte de la révolution que cela représentait dans cette culture, où la famille, le clan, était à peu près la seule assurance sociale de survie ; l'individu n'existait quasiment pas pour lui-même, seulement à travers le rôle que les siens attendaient de lui. Déjà, pour qu'il soit allé se faire disciple du Baptiste, il aura fallu à Jésus beaucoup de courage, mais bien lui en aura pris, puisque c'est très vraisemblablement là que Dieu se sera manifesté à lui de telle manière que, désormais, il l'appellera son père, et qu'il n'aura donc ensuite de cesse que de témoigner de ce qu'il vivait, pour inviter tout un chacun à s'y ouvrir aussi.

On se demandera alors : que peut-il rester du judaïsme qu'il avait reçu, au regard d'une telle perspective ? qu'il ait quasiment restreint son ministère à ses seuls coreligionnaires signifiait-il qu'il pensait que ce judaïsme de son enfance avait encore une pertinence comme seule voie possible du salut ? ou ne serait-ce même comme la meilleure ? et, de nos jours, deux mille ans plus tard, est-il encore judicieux de se réclamer de la prééminence de sa religion, quelle qu'elle soit ?

 

 

    puis tandis qu'il parlait aux foules
voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors
cherchant à lui parler

    alors quelqu'un lui a dit
« voici que ta mère et tes frères se tiennent dehors
cherchant à te parler »
    et lui a répondu et dit à celui qui lui parlait
« qui est ma mère et qui sont mes frères ? »
    et ayant tendu sa main vers ses disciples il a dit

« voici ma mère et mes frères
    car quiconque fait
la volonté de mon père qui est dans les cieux
    c'est lui mon frère et ma sœur et ma mère »

(Matthieu 12, 46-50)

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