Partage d'évangile quotidien
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Guerres de religion

Lun. 15 Juillet 2024

Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre, je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée, car je suis venu séparer l'homme contre son père et la fille contre sa mère et l'épouse contre sa belle-mère, et : ennemis de l'homme ceux de sa maison !

L'homme contre son père, la fille contre sa mère, les divisions au sein d'une même famille, jusqu'à se dénoncer les uns les autres, jusqu'à se faire mettre à mort les uns les autres, comme dit un peu plus tôt dans ce "discours" : ces conditions ont été effectivement celles des débuts du christianisme, particulièrement entre juifs adeptes de Jésus en tant que messie et juifs ne l'acceptant pas. Peu importe alors que ces faits aient été effectivement prévus à l'avance, ou qu'ils ne soient que rapportés après qu'ils se soient produits. Peu importe. Ils se sont produits, et on peut surtout se demander : pourquoi ? Pourquoi en est-on arrivés jusque là ?

Un premier élément de réponse est déjà qu'un tel niveau d'antagonisme intérieur au judaïsme n'avait rien d'exceptionnel à l'époque. On a découvert dans les manuscrits de la mer morte que les esséniens pouvaient vouer une haine d'un même niveau vis-à-vis de leurs "frères" du courant officiel établi à Jérusalem. On sait aussi qu'il y avait eu des massacres entre pharisiens et sadducéens au cours des deux derniers siècles. Tout ceci ne signifiait pas pour autant qu'ils se contestaient les uns les autres d'être juifs, c'étaient des conflits presque plus politiques qu'autre chose. On peut alors se demander pourquoi le conflit à propos de Jésus est allé jusqu'à donner naissance à une nouvelle religion, le christianisme, séparée du judaïsme.

À mon sens, ceci ne peut provenir que d'un changement radical de point de vue sur qui est Dieu. Dans le judaïsme, YHWH aura beau être décrit parfois comme similaire à une mère, il reste pourtant essentiellement et radicalement le tout autre ; il y a une séparation irréductible entre le monde du divin et le monde des hommes. YHWH peut bien s'emparer, en quelque sorte, de quelques hommes, les prophètes : ils restent des exceptions. Il est bien écrit quelque part qu'un jour ceci sera le lot commun de tous, qu'il répandrait son esprit sur toute chair, mais on n'attend cela que comme une fin du monde et des temps, comme le mirage qui ne peut que reculer sans cesse au fur et à mesure qu'on avance, en somme une sorte de légende.

Ce qui s'est passé avec les débuts du christianisme me semble être que, précisément, ceci s'est réalisé, l'esprit s'est répandu, non sur toute l'humanité, mais sur de nombreuses personnes. En témoigne, particulièrement, la croyance initiale, de ceux qui en ont bénéficié, à l'imminence de la venue du Royaume : eux le vivaient déjà, et ils étaient persuadés que cela ne pourrait que se généraliser universellement très prochainement, et ce serait le retour de Jésus.

Et puis non, cela ne s'est pas passé comme ça, et alors progressivement, Jésus qui initialement, pour eux, n'avait été que le premier parmi eux à avoir bénéficié de cette présence de l'Esprit, tout comme eux aussi en bénéficiaient à sa suite, s'est vu être relégué au loin de leur humanité commune dans le panthéon de ce qui allait devenir la Trinité, et on en était revenu, pas tout-à-fait au même point de séparation radicale entre Dieu et l'humanité, mais pas très loin, non, vraiment pas loin. Et plus on perdait ce qui faisait la différence, plus on éprouvait le besoin de la compenser artificiellement, jusqu'à la funeste notion de peuple déicide...

Le salut d'un christianisme authentiquement fidèle à ses origines passe désormais par un métissage avec les spiritualités orientales, elles qui partent plutôt de l'immanence de Dieu pour aller vers sa transcendance, à l'inverse des monothéismes "abrahamiques" qui, eux, partant de sa transcendance, peinent donc largement à aller vers sa pleine immanence !

 

 

« ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre
    je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée
car je suis venu séparer
    l'homme contre son père
    et la fille contre sa mère
    et l'épouse contre sa belle-mère
    et ennemis de l'homme ceux de sa maison !
qui aime père ou mère
    au-dessus de moi
    n'est pas digne de moi
et qui aime fils ou fille
    au-dessus de moi
    n'est pas digne de moi
et qui ne prend pas sa croix pour suivre derrière moi
    n'est pas digne de moi
qui a trouvé sa vie
    la perdra
et qui a perdu sa vie à cause de moi
    la trouvera
    
qui vous reçoit
    me reçoit
et qui me reçoit
    reçoit celui qui m'a envoyé
qui reçoit un prophète
en tant que prophète
    recevra un salaire de prophète
et qui reçoit un juste
en tant que juste
    recevra un salaire de juste
et qui donnera à boire à un de ces petits
    rien qu'une coupe d'eau fraîche
en tant que disciple
    amen je vous dis
    il ne perdra pas son salaire »
    
et il arriva que
quand Jésus eut achevé de donner ces instructions
    à ses douze disciples
il s'éloigna de là
    pour enseigner et proclamer dans leurs villes

(Matthieu 10, 34 - 11, 1)

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