Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

D'un mal un bien

Sam. 9 Novembre 2013

Luc 16, 9-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Et moi je vous dis : Faites-vous des amis par le mamon d'injustice, pour que, quand il s'éclipsera, ils vous accueillent dans les tentes éternelles. 

« Le fidèle pour si peu, pour beaucoup aussi est fidèle ! L'injuste pour si peu, pour beaucoup aussi est injuste ! Si donc pour l'injuste mamon, vous n'êtes pas fidèles, le bien véritable, qui vous le confiera ? Si pour ce qui est extérieur, vous n'êtes pas fidèles, ce qui est vôtre, qui vous le donnera ? 

« Nul domestique ne peut servir deux seigneurs. Car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il tiendra à l'un et méprisera l'autre : vous ne pouvez servir Dieu et mamon ! » 

Ils entendent tout cela, les pharisiens qui sont amoureux de l'argent, et ils se moquent de lui.  Il leur dit : « Vous, vous êtes ceux qui se montrent justes en face des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs : chez les hommes le plus haut, ignominie en face de Dieu ! » 

 

 

Le manteau de Joseph, par He-Qi

 

 

voir aussi : Test grandeur nature, Chasse au trésor, Epreuve argentique, Profiter de la vie

"Vous ne pouvez servir Dieu et mamon" : cette phrase, qu'a aussi Matthieu (6, 24), constitue une des condamnations les plus explicites des richesses qu'on puisse trouver dans les évangiles. J'entends bien qu'apparemment ce ne sont pas les richesses qui sont condamnées mais le seul fait d'y tenir plus qu'à Dieu. Et puis Dieu ne souhaite certainement pas que nous vivions tous dans la misère et la mendicité. C'est sûr. Mais il est sûr aussi que de chercher Dieu nous amènera inéluctablement à renoncer à nos richesses, et même plus tôt que nous ne le croyons, comme nous le verrons un peu plus loin chez Luc, avec l'histoire du riche, parfait au regard de la Loi, invité à vendre tout ses biens et en distribuer le produit aux pauvres (Marc 10, 17s, Matthieu 19, 16s, Luc 18, 18s). On notera que, dans cette histoire, le dépouillement n'est même présenté simplement que comme condition initiale pour suivre Jésus, comme pour le détachement des liens familiaux que nous avions vu mercredi !

Le texte d'aujourd'hui ne nous lance quand même pas ce défi à la figure de but en blanc. Une première étape consiste à apprendre, comme le gérant de la parabole d'hier, à ne pas jouir seuls de nos biens, à partager. Il faut comprendre que c'est une révolution que Jésus proposait par rapport aux mentalités de ses coreligionnaires. Luc nous dit ici que les pharisiens "sont amoureux de l'argent", ils n'étaient pas les seuls. Tout ce qui est bien-être matériel était considéré comme récompense de Dieu, et inversement, toute condition difficile (mauvaise santé, pauvreté) comme punition de Dieu. L'histoire de Job, relativement récente, témoigne des efforts faits pour expliquer le malheur innocent comme exception autorisée par Lui pour éprouver notre foi. Mais la conclusion de l'histoire, avec Job recevant dix fois plus de biens qu'auparavant pour récompenser sa fidélité dit bien, qu'en tout cas, le désir de possessions n'est pas considéré comme une mauvaise chose en soi.

Jésus, lui, franchit le pas. Un petit pas, d'une certaine manière, mais qui fait passer un abîme. Comme dans d'autres domaines, ses propositions ne sortent pas complètement de nulle part, elles suivent une évolution qui avait été préparée avant lui. Mais il pousse ces tendances jusqu'à leur accomplissement, ce qui, au final, révolutionne le monde. Il n'est que de penser à l'observance du sabbat, telle que nous l'avions abordée la semaine dernière : personne ne prétendait qu'on ne devait absolument rien faire ce jour-là. Ou aussi à la place du culte du Temple, à la prière, et aujourd'hui à la poursuite des richesses, dans tous ces domaines Jésus propose des points de vue qui semblent radicaux simplement parce qu'il va jusqu'au bout d'une certaine logique, qui repose au final simplement et fondamentalement sur le seul passage du Dieu extérieur et lointain au Dieu intérieur et intime. Si Dieu est effectivement en nous, alors nous sommes évidemment capables de déterminer par nous-mêmes ce que nous avons à faire le jour du sabbat, nous n'avons plus grand besoin de sacrifices sanglants, notre prière devient une toute autre histoire, et les richesses ne peuvent que nous encombrer...