Surprise !
« Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans le champ. Un homme le trouve : il le cache, et dans sa joie il va, vend tout ce qu'il a, et il achète ce champ-là.
« Encore : le royaume des cieux est semblable à un commerçant qui cherche de belles perles. Il trouve une perle de grand prix : il s'en va, réalise tout ce qu'il avait, et il l'achète. »
voir aussi : Trouvailles, Bénis des dieux, Surprise, surprise, Royaume à vendre, Juste prix
Deux paraboles assez similaires, propres à Matthieu parmi les évangiles canoniques, mais qu'on trouve aussi dans "l'évangile" de Thomas. Mais même sans cela, on comprend bien qu'il s'agit de paraboles "authentiques", c'est-à-dire qui remontent vraisemblablement à Jésus lui-même, puisqu'elles nous parlent simplement du Royaume, sans y mêler de considérations sur le Messie, la Résurrection ni la Parousie. Ce sont des images de la vie ordinaire : un agriculteur, un commerçant, qui sont affairés à leurs occupations habituelles, et qui un jour ...gagnent le gros lot. C'est le rêve de leur vie — mais un rêve auquel ils ne croyaient même pas vraiment, plutôt un rêve fou de leur enfance : "on dirait que..." — qui se réalise, soudainement, sans qu'ils n'y aient franchement de mérite, ou du moins pas plus que leurs semblables. Et il est bien vrai qu'il en est ainsi avec le Royaume, qui est un don du ciel qui dépasse infiniment nos pauvres petites forces et notre justice.
Deux paraboles qui semblent bien authentiques, tout comme celle du semeur, mais aussi comme celles de la graine de moutarde qui devient un arbre et du levain qui fait lever toute la pâte. Et, par rapport à ces deux dernières, il faut reconnaître qu'on peut se demander si c'est bien du même Royaume qu'il s'agit. Dans celles-là, on nous parlait d'une croissance inéluctable, d'un processus qui peut prendre tout son temps, plutôt discret, mais qui arrivera immanquablement à ses fins, alors qu'ici on parle d'événement soudain et apparemment aléatoire ...? On ne nous parle pas de révolution, pour autant, en ce sens que notre agriculteur et notre commerçant ne sont pas surpris au point d'en perdre les pédales : c'est un événement qui fait sens pour eux, qui rejoint leurs désirs plus ou moins secrets, plus ou moins conscients.
On peut alors articuler de deux façons, ces deux types de descriptions qui restent quand même fortement antinomiques. On peut considérer d'abord que la croissance lente, discrète, mais invincible, est ce qui a précédé la découverte du trésor ou de la perle : c'étaient leurs souhaits les plus profonds, et qui ont fait leur chemin en silence, souterrainement, jusqu'à leur réalisation qui leur a en même temps révélé ce qu'ils ignoraient en partie d'eux-mêmes. Les paraboles de la croissance nous parleraient alors de ces énergies qui habitent notre inconscient et qui, secrètement, nous préparent à nous réaliser, et les paraboles de la découverte subite nous parlent de cette réalisation, du jour où l'étape est franchie et dont on peut dire que, après, plus rien ne sera semblable à avant. On a bien ainsi un événement à la fois extra-ordinaire, mais qui pour autant est loin de nous faite basculer dans l'absurde ; un événement qui fait sens, parce que, sans que nous ne le sachions à strictement parler, nous nous y étions pourtant préparés.
Mais seconde manière d'articuler aussi les deux langages : le contraire. La prise de conscience n'est, à son tour, qu'un début. Ce n'est en somme qu'une première prise de contact, une révélation d'immensités qui nous restaient jusque là cachées, et qu'il nous reste encore à explorer, découvrir, habiter pleinement, d'une part, et d'autre part à essayer de partager aussi, d'en faire profiter d'autres autour de nous. Ici, la version de l'agriculteur chez Thomas est intéressante : en labourant il [trouva] le trésor "et commença à prêter de l’argent à intérêt à qui il voulait". Bien sûr, on peut lire ceci au premier degré, l'homme fait fructifier son capital pour s'en mettre encore plus plein les fouilles, mais nous savons ce que pensait Jésus des richesses matérielles, et, ce que nous dit Thomas, c'est que le trésor spirituel du Royaume ne peut pas être gardé bien au fond de notre maison pour en profiter égoïstement ; c'est une richesse qui ne peut fructifier qu'en la transmettant, en la partageant. Et voici que nous avons rejoint notre semeur...

