Partage d'évangile quotidien
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Ça sent la fin

Jeu. 27 Août 2015

Matthieu 24, 42-51 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Veillez donc : vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient ! Cela, comprenez-le : si le maître de maison avait su à quelle veille vient le voleur, il aurait veillé et n'aurait pas laissé perforer sa maison. C'est pourquoi, vous aussi, soyez prêts : c'est à l'heure que vous ne croyez pas que le fils de l'homme vient ! 

« Qui donc est-il, le fidèle serviteur, et avisé, que le seigneur a établi sur sa maisonnée pour leur donner la nourriture en son temps ? Heureux ce serviteur-là, qu'en venant son seigneur trouvera à faire ainsi ! Amen, je vous dis : sur tous ses biens il l'établira ! 

« Mais si, méchant, ce serviteur dit en son cœur : “Mon seigneur tarde“,  et commence à frapper ses co-serviteurs, il mange et boit avec les ivrognes… Il viendra, le seigneur de ce serviteur-là, au jour qu'il n'attend pas, à l'heure qu'il ne connaît pas. Il le retranchera et mettra sa part avec les hypocrites : là sera le pleur, le grincement des dents. » 

 

 

La prière à Gethsemani, par He-Qi

 

 

voir aussi : En attendant, Attention ! attention !, J'attendrai, ton retour..., Interro surprise, Jésus, le retour

Nous avons encore fait un bond en avant dans notre lecture de Matthieu. Nous nous retrouvons à la fin du chapitre suivant, à la fin de ce qu'on appelle souvent le "discours eschatologique", une suite de "prédictions" sur les catastrophes diverses qui devraient se produire avant le retour final de Jésus. Faut-il préciser que ces "prédictions" sont le produit de la communauté chrétienne qui ne comprend pas que la résurrection de Jésus n'ait pas coïncidé avec l'établissement du Royaume, au sens où elle le comprenait : un événement universel, qui s'imposerait à tout le monde, et qui marquerait la fin et du temps et de ce monde. Une telle conception du Royaume vient des attentes du judaïsme de l'époque ; il est normal que ce soit ainsi que bon nombre des judéo-chrétiens, parmi les premiers chrétiens, aient continué de penser le Royaume, même après la mort de Jésus.

Il faut noter, cependant, que, même parmi les judéo-chrétiens, certains — nommément la communauté johannique — avaient dépassé une telle vision, comme nous l'avions vu lors de notre lecture de cet évangile. Que dire alors de ceux qui, de nos jours encore, sont restés sur une telle conception, croient encore en un jour futur où Jésus "reviendra", où tout sera terminé, jugement de Dieu, etc. ? Comme le dit Jean : "le monde est déjà jugé" ! le jugement a déjà eu lieu. La résurrection de Jésus ne permet plus de rester dans ce genre de perspectives (à ce sujet, il est regrettable que l'islam, issu du judéo-christianisme qui était resté sur de telles conceptions, soit donc lui aussi dans une telle croyance d'un jour final) : le Royaume, c'est ici, maintenant, de tous temps et pour l'éternité. Tous nous y sommes déjà, plus ou moins, et tous nous en sommes aussi exclus, plus ou moins.

Tout le discours eschatologique est donc à relire pour ce qu'il est : l'exaspération d'une communauté qui ne comprend pas ; on pourrait dire une communauté qui est à côté de ses pompes. Elle ne comprend pas que Jésus ne soit pas encore revenu, et elle en cherche désespérément les explications, soit dans les fautes du monde, soit dans les siennes. Les fautes du monde : ce sont surtout tous ces coreligionnaires juifs qui refusent d'accepter la messianité de Jésus, et on interprète alors la destruction du Temple et de Jérusalem comme la conséquence de la colère de Dieu à leur égard, son désaveu et son mécontentement devant leur obstination à ne pas se convertir. Les fautes des chrétiens : c'est là que nous en sommes maintenant ; il est certain que les chrétiens ne sont pas tous parfaits, et on peut comprendre d'ailleurs que certains aient tendance à se relâcher devant une issue qui recule sans cesse et qui commence à ressembler à l'Arlésienne !

Il nous faut donc, pour le moins, relire autrement tout ce que nous pouvons trouver dans les évangiles au sujet de cette venue future de Jésus. Veiller sans cesse, oui (nous verrons demain la parabole des dix jeunes filles, qui développe le même thème); faire fructifier nos talents, bien sûr (ce sera la parabole de samedi, qui clôturera notre lecture de Matthieu) ; mais pas en vue d'un hypothétique événement à venir ! Il n'y aura pas de fin des temps ni du monde. Même si, grâce à notre inconséquence, d'ici quelques dizaine d'années toute vie aura disparu de la surface de notre planète, ce ne sera pas pour autant la fin de l'univers. Le Royaume est une réalité d'un tout autre ordre, qui demande effectivement une présence éveillée, mais certainement pas non plus anxieuse, et une présence qui se travaille. Mais la présence, justement, comme le dit le mot, c'est au présent, pas pour l'avenir...